les Jardins de l’Europe

Annecy, préfecture de la Haute-Savoie, est la ville la plus peuplée du département. Outre ses atouts paysagers, historiques et culturels (lac, vieille ville et ses canaux, château, montagnes, festival du film d’animation, etc) la « Venise des Alpes » peut s’enorgueillir de posséder de nombreux arbres remarquables et de beaux parcs. Le plus célèbre d’entre eux se trouve au coeur d’Annecy, derrière l’hôtel de ville et face au lac : il s’agit des Jardins de l’Europe.

L’histoire d’Annecy est fort longue, mais en ce qui nous concerne nul besoin de remonter à l’époque gallo-romaine, ce parc étant assez jeune.

Aux environs du XVIème siècle ce lieu, situé hors des murs fortifiés de la ville, était constitué d’îles marécageuses abritant quelques cabanes de santé où étaient isolés malades contagieux et individus suspects. Le premier propriétaire connu fut une famille de banquier Lombards, d’où le nom de « pré Lombard ».

Au début du XVIIème siècle l’endroit, alors devenu propriété de la famille Nemours, fût aménagé en lieu de « promenade et d’agrément » par le duc Henri de Genevois-Nemours.
En 1644 le Pré Lombard est offert à l’ordre de la Visitation. L’île est dès lors entourée de murs et reliée au monastère par une passerelle. Une représentation d’Annecy du Theatrum Sabaudiae montre une île parfaitement carrée constituée de parcelles jardinées aux lignes géométriques (image ci-contre). Il s’agit d’une vue idéalisée mais qui nous permet toutefois de nous faire une idée de la vocation du lieu : probablement potager, verger, lieu de promenade et de méditation pour les religieuses de la Visitation.

Au siècle suivant la mappe sarde nous offre un aperçu plus réaliste : deux îles, une grande et une petite, aux contours rectilignes au nord et à l’ouest (canaux), mais plus sinueux à l’est et au sud (Thiou, lac). La mappe de 1793 semble indiquer une désaffection progressive des îles au cours du XVIIIème siècle : le pont n’est plus présent et le cadastre se simplifie.
Le pré Lombard devient bien national à la révolution, avant d’être revendu en 1795 à un entrepreneur Genevois. L’île retrouve alors sa nature de « pré marais », parsemée de quelques fruitiers.
Entre 1835 et 1843 le conseil communal acquiert l’ensemble des deux îles et lance un concours en vue de l’aménagement des lieux, mais en raison de conflits d’intérêts rien ne se fera dans l’immédiat.
De 1838 à 1840 le canal qui séparait l’île principale de la ville est comblé faisant désormais du pré Lombard une presqu’île. On y construit une école, puis de 1847 à 1855 l’hôtel de ville.

Les premières plantations ont lieu à partir de 1855[5] au jardin du rond point[6] situé à l’est du parc actuel, face au lac, mais l’aménagement véritable du jardin tel que nous le connaissons aujourd’hui aura lieu à partir de décembre 1863 avec la plantation de plus de 1000 arbustes et 650 arbres. Initialement prévu pour être un jardin à la française, le parc sera aménagé à l’anglaise suite à une pétition des habitants.
Hormis quelques modifications ici et là la structure du lieu a très peu changé depuis cette époque. Il reste toutefois aujourd’hui bien peu de ligneux issus des premières plantations.

Le parc n’acquiert son titre actuel – « jardins de l’Europe » – qu’en 1987.

Le jardin était donc initialement constitué de 650 arbres et 1000 arbustes, un nombre important si on considère la superficie travaillée et l’état actuel des plantations. Toutefois il faut imaginer que l’endroit avait à ses débuts un tout autre aspect : Tous ces ligneux étaient jeunes et plantés en massifs denses ; fourrés impénétrables conférant au parc des allures de taillis, ce que l’on peut constater sur les plus anciennes cartes postales disponibles.

Avec le temps de nombreux arbres disparaissent (mort naturelle, aléas climatiques[8], éclaircissements, décisions politiques[9]), les survivants gagnant en dimensions pour progressivement changer l’aspect du parc.

Un inventaire est effectué entre 1860 et 1884.

Les documents officiels signalent qu’aujourd’hui « sur les 432 recensés par L. Devron (sic)[1] il n’en reste qu’environ 280 ». Cette phrase est ambiguë car ces chiffres ne sont pas détaillés.
432 représente certainement les arbres, et non tous les ligneux (sur les 650 individus initialement plantés plus de 200 arbres auraient donc disparu les 20 premières années d’existence du jardin). Quant au chiffre actuel, 280, que signifie-t-il ? Il ne peut représenter que l’ensemble des ligneux, petits et grands, car j’ai répertorié, en 2016, 232 arbres et arbustes. J’en ai peut-être oublié un ou deux, mais pas de quoi atteindre 280.
En réalité il ne subsiste que bien peu d’arbres des plantations originelles, peut-être une soixantaine tout au plus, mais certainement pas 280.

Le jardin contient aujourd’hui ~232 ligneux, soit 81 conifères et 151 feuillus (voir ici). Plus de la moitié est constituée d’essences autochtones (les mieux représentées étant : ifs, charmes et érables sycomores avec respectivement 28, 16 et 11 individus) ou de France méridionale (beaucoup de Laricios, un Micocoulier, etc). Le parc possède de nombreuses espèces d’origine nord-américaine (une 30aine d’individus) ou asiatique (une 30aine d’individus). À noter que l’Amérique du sud n’est représentée que par un seul arbre : un tout jeune Hêtre de l’Antarctique (Nothofagus Antarctica)…

Quelques mots sur les arbres les plus remarquables du jardin
(circonférences mesurées en 2016, hauteurs en 2016 et 2018)

 

GinkgoGinkgo biloba
circonférence: 3,99 m
hauteur: 24 m

Le Ginkgo, ou « arbre aux quarante écus », est une espèce relique d’origine asiatique[2], seule représentante vivante de la famille des Ginkgoaceae ; découverte en 1690 et introduite en France en 1778/1780(?)[7].
Bel arbre en limite ouest du jardin, du côté de la place de l’hôtel de ville. Tronc épaté et bosselé, houppier un peu déséquilibré par le séquoia voisin.
Sa circonférence, loin des records de l’espèce, en fait tout de même un des plus gros Ginkgos français, car rares sont chez nous les arbres dépassant les 4 m de tour.
Outre ses dimensions remarquables, cet individu possède une autre particularité: le tronc présente des excroissances en forme de stalactites appelées « chi-chi », chose semble-t-il assez inhabituelle chez nos Ginkgos Européens mais très caractéristique des vieux arbres asiatiques (exemple ici).
Très certainement planté dès la création du jardin vers 1863. Vu la longévité de l’espèce cet individu d’un peu plus d’un siècle et demi n’est donc pas très âgé[3].
Superbe en automne quand son feuillage tourne au jaune vif.
À propos de cet arbre, voir l’excellent article de Castor masqué sur le blog des têtards (ici).

 

Cyprès chauvesTaxodium distichum
circonférences: 3,993,953,70 – 2,78 m
hauteurs: 33,6 – 33 – 30 – 29,5 m

Cette espèce de conifère nord-américaine, typique des marais de Louisiane, a été introduite en Europe vers 1640 et en France fin XVIIème
Les cyprès chauves présentent une particularité liée à leur adaptation aux milieux humides: les « pneumatophores« , excroissances racinaires en forme de stalagmites, émergeant de l’eau afin d’assurer l’oxygénation des racines. Les Cyprès du jardin, au nombre de 4, en sont dépourvus ; mais n’en sont pas moins remarquables. Il s’agit de beaux arbres aux dimensions peu communes. Si en France les gros Cyprès chauves sont plus fréquents que les gros Ginkgos, les individus dépassant les 4 m de circonférence ne sont pas légion. À ce jour ce sont les plus gros exemplaires connus du département.
Leurs formes sont assez similaires: ports élancés, fûts hauts, troncs rectilignes, houppiers ovoïdes.
Le cyprès chauve, à l’instar du mélèze, est un des rares conifères à perdre ses feuilles. Il se pare donc à l’automne de couleurs flamboyantes.
Probablement plantés à la création du jardin.

 

Noyer noirJuglans nigra
circonférence: 3,66 m
hauteur: 26 m environ

Le Noyer noir est une espèce originaire d’Amérique du Nord, introduite en Europe au XVIIème siècle.
Il se distingue de notre Noyer commun par une écorce bien plus sombre (d’où son nom) et plus densément/finement texturé ; mais aussi par des folioles plus fines, plus nombreuses, et aux bords dentés.
Le Noyer des jardins de l’Europe présente un port peu harmonieux ; un houppier déséquilibré, clairsemé, d’aspect un peu malingre. Une grosse charpentière est arrachée (ancien?) ; une blessure parcourt le fût sur toute sa hauteur (écorcé). À part ses belles couleurs automnales son intérêt n’est donc pas tant esthétique que dendrométrique, peu d’individus atteignant chez nous un tel tour de taille. Il s’agit actuellement du plus gros Noyer noir mesuré en Haute-Savoie.
Arbre probablement planté à la création du jardin.

 

FrêneFraxinus excelsior
circonférence: 3,95 m
hauteur: 26 m environ

Espèce autochtone.
Arbre situé en lisière sud du parc, face au canal du Thiou et ses emblématiques bateaux touristiques.
Tronc oblique, port penché, houppier large côté Thiou. Beau Frêne photogénique, se détachant sur fond de lac que surplombe le Mont Veyrier.
Hauteur commune. Sa circonférence, sans être exceptionnelle, reste remarquable ; le plaçant parmi les plus gros frênes du département. À noter en outre qu’il est plus fréquent de rencontrer des frênes remarquables en campagne ou en forêt que dans nos parcs urbains où les individus hors-norme appartiennent en général à des essences exotiques.
Probablement planté à la création du jardin.

 

Saule pleureurSalix sp.*
circonférence: 3,83 m
hauteur: 14 m

Beau Saule (le seul du parc) presque isolé face au lac, aux branches sinueuses et aux rameaux typiquement retombants. Arbre emblématique des jardins romantiques.
* L’appellation « saule pleureur » est vague/ambiguë et fait référence à des arbres différents. Il s’agirait ici de Salix × chrysocoma, hybride de Salix babylonica et de Salix alba var. Vitellina. , synonyme de Salix × sepulcralis var. Chrysocoma (Kamoulox!), croisement obtenu en 1888… Je serais pour ma part bien incapable de conclure à ce sujet et me contenterai de Saule pleureur.
Vu la faible longévité des Saules il paraît très peu probable qu’il s’agisse d’un de ceux initialement plantés dans le jardin vers 1855, d’autant plus que la croissance de cet hybride est réputée rapide. Les photographies aériennes anciennes ne nous permettent pas de conclure, tout juste peut-on supposer une plantation dans les années 1950, voire 1940…
Blessure visible sur le tronc (écorcé). Aurait reçu la foudre il y a quelques années.

 

Séquoias géantsSequoiadendron giganteum
circonférences: 5,93 – 5,63 – 5,55 – 5,42 – 4,72 – 4,69 m[4]
hauteurs: (39)* – 38,238 – 36 – ~33 – 32,6 m

Ces arbres, originaires de Californie, sont remarquables par leur apparence naturellement imposante, toutefois leurs dimensions n’ont ici rien d’exceptionnel au vu des potentialités de l’espèce et des records nord-américains. Même au niveau national il s’agit d’arbres plutôt modestes car en France les plus gros individus dépassent les 10 m de tour et les plus hauts les 50 m! Il s’agit de tout jeunes séquoias probablement plantés à la création du parc et âgé d’~155/160 ans ; les plus vieux individus dépassant les 3000 ans! À noter toutefois qu’en Europe les plus âgés ne peuvent dépasser le siècle et demi, l’espèce ayant été introduite sur le vieux continent au milieu du XIXème.
D’un point de vue dendrométrique absolu ces arbres sont tout de même les plus gros et les plus hauts du jardin. *L’ancien record de 39 m n’est plus d’actualité, l’arbre détenteur du titre ayant depuis été foudroyé (voir cette vidéo impressionnante)…

 

À noter aussi: de nombreux ifs vraisemblablement contemporains de la création du jardin, un bouleau aux dimensions peu communes (circonf 2,17 m), de beaux et imposants marronniers (jusqu’à 3,58 m de tour), un Hêtre pourpre, des Ginkgos plus modestes, un gros Platane au tronc boursoufflé, un Cyprès de Lawson (bouquet de troncs très esthétique), de Beaux Pins noirs, et quelques espèces/cultivars d’intérêt horticole (Tetradium daniellii / Tilia Henryana / Davidia involucrata / Quercus Phellos / Quercus lamellosa / Nyssa sylvatica / Prunus maackii / etc)…


Les arbres les plus hauts sont tous des conifères = séquoias, Pins noirs, Cyprès chauves. Record actuel aux environs de 38,5 m pour un séquoia (un autre le talonne de près. Ancien record à 39 m pour le séquoia foudroyé), ce qui n’a rien d’exceptionnel pour l’espèce. Hauteur toutefois suffisante pour rendre cet individu localement remarquable, les arbres du parc ne dépassant pas dans leur grande majorité 32/33 m. Conifères assez nombreux à atteindre 30 à 32 m, plus rares ensuite.
En revanche les feuillus sont bien plus petits et dépassent rarement 28 m. Record à ~31/31,5 m pour un Tulipier (ce qui n’est pas non plus exceptionnel pour l’espèce. Le Tilleul de 30 m est à ce titre plus intéressant ; mais aucun arbre du parc n’est remarquable pour sa hauteur).

Galerie

carte interactive des arbres du jardin

Pour une meilleure navigation → voir la carte en plein écran

Sur l’histoire du jardin – sources: « l’Hôtel de ville et son jardin » Marie-Claude Rayssac / « Annecy côté jardin » / Revue savoisienne / archives départementales (cadastre, cartes, mappe sarde) / BNF / Souvenirs historiques d’Annecy jusqu’à la Restauration, par le chanoine J. Mercier / Oeuvres complètes de saint François de Sales – Partie 8-11,T-3) 1821 / l’Indicateur de la Savoie / etc.
Pour les compléments d’infos apportés, merci à: Marie-Claude Rayssac, Claude Lebahy, Christophe Ferlin, Franck Baudier, Jean-Pierre Coudray, archives municipales d’Annecy…

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l’Orme du Guidou

Sciez est une commune Chablaisienne riche en ligneux d’intérêt. L’un d’eux mérite qu’on s’attarde un peu sur son cas tant il cumule de qualités: dimensions hors du commun, beauté, rareté, intérêt paysager, intérêt botanique, cadre.
Tout compte fait, une sorte d’archétype de l’arbre remarquable.

Il s’agit de l’Orme du Guidou.

Impossible de louper cet arbre isolé qui domine la route de sa majesté et attire le regard de façon magnétique.

Fût droit et élevé ; houppier haut perché ; port harmonieux, équilibré ; silhouette quasi-parfaite de l’arbre idéalisé.

La beauté de ce ligneux suffirait à le rendre remarquable ; mais cet arbre nous réserve d’autres surprises…


Les Ormes sont de grands arbres aux feuilles simples à pétiole court, alternes (insérées à des hauteurs différentes), aux bords  doublement dentés (les dents ont de petites dents), asymétrique à la base base (parfois très fortement, mais pas toujours évident) ; aux nervures bien dessinées, plus ou moins rectilignes et parallèles, parfois fourchues.

L’observation du fruit est toutefois un bien meilleur moyen d’identifier un orme: sorte de petite soucoupe volante verdâtre ; en fait un fruit sec entouré d’une aile membraneuse. Une « samare«  en langage botanique.
Au printemps l’orme est facile à reconnaître, y compris en forêt, car il se couvre en mars/avril de petites fleurs pourpres conférant au houppier une teinte rougeâtre ; fleurs se transformant ensuite en grappes de samares offrant une impression de début de feuillaison – l’arbre apparait constellé de taches vertes – alors qu’en observant plus attentivement on constate facilement qu’il ne s’agit pas de feuilles, celles-ci apparaissant plus tard.

Notre flore française compte trois espèces autochtones:

l’orme de montagne, l’orme champêtre et l’orme lisse.

Pour les distinguer il est important d’observer, entre autres:
les critères écologiques (où pousse cet arbre? À quelle altitude? Dans quel type de milieu), la taille des feuilles, leur rugosité, leur forme (présentent-elles des cornes? Sont-elles fortement ou peu asymétriques à la base? Les nervures sont-elles fourchues?) ; la présence où non de crêtes liégeuses sur les rameaux, de gourmands sur le tronc, de contreforts à la base ; l’aspect et la texture des fruits (ciliés? Sont-ils portés par un long pédoncule? La graine est-elle bien au centre?)…

Malgré quelques critères assez simples il n’est pas toujours évident de parvenir à une détermination certaine: les feuilles présentent des formes très variées au sein d’une même espèce (et même parfois sur un même individu), et ne sont, tout comme les fleurs et les fruits, pas toujours accessibles. En outre les ormes ont une fâcheuse tendance à s’hybrider[1], présentant alors des caractères intermédiaires. Il serait donc préférable de parler de «complexe d’espèces»[2]

L’orme de montagne (Ulmus glabra) est de très loin le plus fréquent dans le Chablais, essentiellement comme son nom l’indique en montagne, de préférence en situation fraiche et humide.

Le champêtre (Ulmus minor) est bien plus difficile à dénicher. Davantage collinéen et préférant la chaleur, on le retrouve certainement plus fréquemment à l’ouest du département.

L’orme lisse (Ulmus laevis) est quant à lui considéré dans l’absolu comme plutôt rare. Rareté due en partie à la disparition progressive de son habitat naturel: les forêts riveraines, ou « ripisylves ». Milieu fortement menacé par les activités humaines.
Laevis n’est pas considéré comme spontané en Haute-Savoie[15], notre département étant situé en limite de son aire naturelle de répartition (davantage orientale et continentale que minor. Voir ces cartes). En outre il s’agit d’un arbre de plaine, ne dépassant pas les 400 m d’altitude[16], facteur réduisant drastiquement les sites de présence potentielle en Haute-Savoie (voir ici).
Les individus de cette espèce sont chez nous plantés, ou éventuellement subspontanés[17], mais dans tous les cas rarissimes[3].

Je parlais de surprise en début d’article, et bien figurez-vous que notre arbre est en fait un orme lisse!

J’ai longtemps douté (d’ailleurs l’arbre est souvent annoncé comme orme champêtre) jusqu’à ce que je puisse confirmer un critère caractéristique incontestable: fleurs et fruits sont longuement pédonculés.

Pour son appartenance à l’espèce laevis notre arbre est donc une pépite, une perle, un joyau parmi les vénérables ligneux du cru, qui vaut le détour et mériterait d’être préservé.

Deuxième effet Kiss cool: cette rareté n’est pas simple, mais double!

Les Ormes peuvent, dans l’absolu, atteindre un âge avancé et présenter d’imposants diamètres[4] ; toutefois les vieux et gros individus sont de nos jours rarissimes. Comment expliquer cet étrange paradoxe?

Le Fautif s’appelle « Graphiose« : une maladie foudroyante  due à un champignon exotique – transporté par un petit insecte – qui entraîne un dessèchement et une mort rapide de l’arbre infecté[5].
Les grosses épidémies du siècle dernier[6] nous ont privé de la quasi-totalité de nos vieux ormes Européens[7]. Les rescapés sont de véritables miraculés qu’il serait urgent de protéger (peu souvent le cas malheureusement).

Si l’Orme du Guidou n’atteint pas les limites potentielles de l’espèce il s’agit toutefois indéniablement d’un vieil individu, probablement planté entre 1850 et 1890.[10]

Ses dimensions, sans atteindre non plus les records connus, sont tout à fait remarquables:

4,45 m de circonférence[8]

La hauteur, sans être extraordinaire, est tout de même honorable pour un arbre isolé: 27,5 m[9]

 

La route du Moulin de la Glacière mène au château de Coudrée ; bel édifice du XIIè siècle qui fût un temps la demeure de la famille d’Allinges, une des plus anciennes d’Europe.

Le Guidou faisait initialement partie du domaine.
On y trouve un ancien moulin et quelques remises agricoles aujourd’hui reconverties (musée des pompiers, musée de la préhistoire, Théâtre)[11].

L’Orme du guidou était accompagné d’autres ligneux[12] constituants une allée menant au château. Il est aujourd’hui le seul survivant de cet alignement remarquable.

Si la commune est au courant de l’intérêt de cet arbre, celui-ci n’est pas pour autant hors de danger. Outre la graphiose l’orme n’est pas à l’abri des incivilités (un feu aurait été allumé à son pied), de traitement inadaptées (taille des rejets du tronc avec du matériel contaminé) et des dommages potentiels liés à la présence de la route à son pied (impact contre le tronc, atteinte au système racinaire en cas de travaux). De plus un projet d’élargissement de la route serait à l’étude[13]. L’arbre n’y survivrait probablement pas.[14]

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Localisation: cliquez ici
GPS: 46°20’04.2″N 6°22’49.8″E
Accès: facile. Non loin de la D1005 (à 9 km de Thonon, 24 km de Genève, ~70 km d’Annecy, ~190 km de Lyon). Possibilité de se garer au parking du Musée Guidou à moins de 100 m de l’arbre… Quitte à visiter l’orme il serait dommage de louper les autres ligneux remarquables du secteur: la Buxaie de Coudrée (à ~900m), le Chêne (1km) et les Pins sylvestres (1,6km) de la Grande Corne, le Châtaignier de Jussy (2,5 km), etc.

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le Pin noir du Mottay

Les Pins noirs sont de grands et beaux conifères fréquemment plantés dans les parcs et jardins pour leurs qualités ornementales, mais aussi beaucoup utilisés en sylviculture comme essence de reboisement[10].
Pour un non spécialiste la distinction entre les différents pins noirs (Pin de Salzmann, Pin laricio, Pin noir d’Autriche, etc) n’est pas évidente, d’autant plus que la nomenclature à ce sujet n’est, elle-même, pas très claire: pour certains les pins noirs se diviseraient en sous-espèces géographiques ; pour d’autres il s’agirait de variétés[1] et non de sous-espèces[2]. Ils sont même parfois présentés comme des variétés du Laricio[3]. Subtilités botaniques bien compliquées pour moi (et même, à ce que j’ai pu constater, pour de nombreux professionnels de l’arbre).
Les sous-espèces/variétés du Pin noir se partagent différentes aires géographiques du sud du continent européen, de l’Espagne à la Turquie, en passant par l’Autriche[12]. En France seuls le Laricio et le Pin de Salzmann sont autochtones. Il faut toutefois se rendre en Corse, dans les Cévennes ou dans les Pyrénées pour les rencontrer, aucun n’est naturellement présent en Haute-Savoie.

Le pin du parc des Dranse pourrait, par son apparence, être un Laricio[4]: arbre élevé présentant un fût cylindrique et parfaitement droit, un feuillage plutôt léger, des aiguilles et une écorce plus claires que le pin noir d’Autriche[5].

L’espèce est très longévive, le Laricio pouvant atteindre 500 à 600 ans, voire bien davantage[13]. Mais il s’agit là d’individus dans leur milieu naturel. Au sein de nos parcs ces arbres sont bien moins vieux.

Faute de documents historiques nous ne pouvons qu’estimer l’âge de ce Pin. Probablement aux environs des 150 ans[11]. Un tout jeune Laricio donc.

Ce vénérable Pin présente un port élancé très élégant et des dimensions imposantes. Si sa hauteur, 29,8 mètres[6], n’est pas exceptionnelle pour l’espèce qui peut parfois dépasser 40 m, sa circonférence, en revanche, sans toutefois atteindre des records est tout à fait remarquable[14]: 4,38 m[8]

Le plus gros Pin noir du département[7], et peut-être aussi le plus beau (très subjectif me direz-vous ; certes. Mais attendez d’avoir visité cet arbre).

Outre la beauté de cet arbre et ses dimensions imposantes, celui-ci présente une autre particularité, celle d’abriter, niché dans son houppier, une petite colonie de hérons, appelée héronnière. Le pied de l’arbre est entouré sur un large périmètre d’une clôture visant à préserver la tranquillité de cette zone de nidification (mais l’indescriptible cacophonie de l’ensemble aura tôt fait d’éloigner les moins curieux).

Ce pin, entourés de nombreux ifs, est situé non loin de la rive et à 500m de l’embouchure de la Dranse.

Anciennement propriété du Mottay, le lieu fût un temps un centre d’essai pour les hydravions avant d’être reconvertit, après la seconde guerre-mondiale, en colonie de vacance de l’aviation civile[9]. Le site est racheté en 2010 par le Conservatoire du littoral et en 2012 débute un chantier de réhabilitation et de renaturation du lieu, privilégiant un « retour au naturel et encourageant une diversité florale et de milieux ». Travaux terminés en 2013. Aujourd’hui le parc des Dranse est accessible à tous.

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Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 24.128′ E6° 31.479′
Accès: facile. Parkings à proximité. Par l’ouest côté Sagradranse où par l’est côté parcs d’Amphion (Les Tilleuls, Le Mottay, Plage, cité de l’eau). À ~5 km d’Evian, ~6 km de Thonon, ~40 km de Genève.

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le Cèdre de la source Cachat


Évian-les-Bains est une petite ville située en bord de Léman.

Bien que modestement peuplée d’environ 8000 Évianais peu de gens ignorent le nom de cette commune chablaisienne, célèbre bien au delà du département (et même au delà des frontières du pays) pour son eau minérale.

Moins connu, mais en lien direct, est son passé thermal sur lequel s’est construit ce succès…

Sur la commune limitrophe de Publier, jaillit une source ferrugineuse. L’intérêt qu’a suscité cette eau, dès la fin du XVIIème siècle, a fait d’Amphion-les-Bains une station thermale très en vogue au siècle suivant. Mais non loin de là, la découverte d’une eau plus douce entrainera le lent déclin du thermalisme à Amphion.

Les bienfaits des eaux d’Évian auraient été découverts en 1789 par Jean Charles de Laizer, comte de Brion, qui était alors en cure à Amphion pour soigner des troubles urinaires chroniques, sans succès toutefois. L’eau de la fontaine Sainte-Catherine à Évian lui fut en revanche salutaire. Suite à cette soudaine rémission il envoya quelques bouteilles au docteur Tissot pour analyses. Les vertus médicales de cette eau remportèrent vite un franc succès.

Le propriétaire du terrain, Gabriel Cachat, se mit alors à vendre le précieux liquide. En 1824 apparaissent les premiers bains et la source Sainte-Catherine, non la seule d’Evian mais la plus célèbre, change de nom pour devenir source Cachat [3]. Deux ans plus tard, en 1826, source et terrain sont rachetés par le banquier genevois François Fauconnet, initiateur de la saga des eaux d’Évian…

la commune chablaisienne devient rapidement un haut-lieu du thermalisme fréquenté par toute la haute société de l’époque et plusieurs grands hôtels sont alors construits pour faire face à l’afflux des curistes (l’annexion de la Savoie à la France en 1860 et l’arrivée du chemin de fer à Évian en 1882 participeront à l’essor du thermalisme éviannais).

L’Hôtel des Bains, construit en 1839, agrandit dans les années 1850 pour devenir le Grand Hôtel des Bains, enfin modifié en 1898 et renommé Splendide Hôtel [1], se situait non loin de la source. Ses jardins étaient même contigus à celle-ci [2].

Aujourd’hui, outre les habitants, de nombreux touristes viennent se désaltérer à la source Cachat[3] (et s’y faire prendre en photo), sans vraiment accorder d’attention à l’arbre imposant qui domine littéralement ce lieu, quelques mètres à peine en amont de la fontaine, en lisière des anciens jardins:

Un cèdre superbe aux puissantes branches étalées.

Selon Françoise Breuillaud-Sottas, historienne spécialiste du thermalisme à Evian, ce cèdre pourrait être contemporain de l’agrandissement du bâtiment initial au cours des années 1850. Toutefois sa plantation pourrait être antérieure, « les jardins en terrasse ayant été aménagés , dans les années 1830-1840 ».

Hypothèse fort probable car sur une illustration représentant le premier édifice avant agrandissement, donc entre les années 1839 et 1853, on constate la présence d’un conifère ressemblant à un jeune cèdre. Sa position par rapport aux différents bâtiments cadre parfaitement avec la position qu’occupe le cèdre aujourd’hui, et sa taille apparente pourrait correspondre à celle d’un arbre planté entre 1830 et 1840 [4]

Nous pouvons donc en déduire un âge probable entre 185 et 200 ans.

L’association du cèdre à l’histoire du thermalisme évianais (l’arbre est visible sur de très nombreuses cartes postales anciennes) est déjà en soi singulière, mais ce passé prestigieux n’est pas évident au premier abord. Ce qui frappe avant tout, c’est la beauté de cet arbre, et ses dimensions remarquables.

D’un imposant fût de 5,86 m [5] de circonférence, soit presque 2 mètres de diamètre, émerge un bouquet de branches jaillissantes, celles situées en périphérie retombent et s’étalent avec grâce. L’ensemble confère à ce cèdre un port princier qui s’accorde parfaitement à l’histoire du lieu.


Sa situation isolée, l’absence de concurrence, ne l’ont pas forcé à croître en hauteur ; celle-ci n’est donc pas exceptionnelle (22,5 m pour être précis [6]).

Je ne suis pas parvenu à déterminer l’espèce. La forme générale me fait penser au cèdre du Liban – Cedrus Libani (cime large, port très étalé…), en revanche les feuilles correspondraient davantage au cèdre de l’Atlas – Cedrus atlantica (2,5 cm en moyenne, d’un vert plutôt bleuté). Mais pour être franc je suis loin d’être spécialiste des cèdres… L’âge de cet arbre pourrait être un indice précieux car s’il a bien été planté avant 1840 il y a de fortes probabilités qu’il s’agisse d’un cèdre du Liban, car le cèdre de l’Atlas, découvert vers 1826 [7], n’a été multiplié qu’à partir de 1839 [7], ce qui semble ici un peu juste (mais pas impossible non plus)…

Malgré quelques rameaux secs, les stigmates de nombreuses branches taillées ainsi qu’une petite section écorcée sur le tronc, son état sanitaire semble excellent, l’arbre dégageant une incroyable impression de vigueur. Il faut croire que les vertus des eaux minérales d’Évian auront été bénéfiques à ce vieux cèdre qui y plonge ses racines depuis plus d’un siècle et demi.

Ce cèdre vient tout juste [8] d’être labellisé « arbre remarquable de France » par l’association A.R.B.R.E.S [9] Distinction parfaitement méritée!

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GPS: 46.399712  /  6.591826
Accès: facile. Arbre situé en plein centre d’Evian.

Merci à Françoise Breuillaud-Sottas pour ses précisions historiques.

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