Parnassie des marais


La Parnassie des marais (Parnassia palustris) est une petite plante des lieux humides. Plutôt discrète elle sait toutefois récompenser le promeneur attentif. Celui-ci remarquera, dans un premier temps, ses feuilles en coeur et ses cinq pétales blancs aux élégantes nervures transparentes.

Mais en s’approchant davantage sa singularité saute aux yeux: cinq petits faisceaux de minuscules billes jaunes jaillissantes.

Un véritable feu d’artifice!

Il s’agit de cils glanduleux surmontant des étamines (:organe mâle) stériles, transformées en écailles nectarifères. Ces petites gouttes dorées si appétissantes sont en fait des leurres destinés à attirer les pollinisateurs ; le nectar étant produit à la base de ces étonnants appendices (en langage botanique: un «staminode»).

Sublimissime!…

Vieille souche

Début juillet, alors que je me trouvais en Vanoise (Savoie), j’ai eu le privilège de traverser la vieille forêt de l’Orgère (à 2000 m d’altitude, juste au-dessus de Modane > voir ici).
Ce lieu magique, magnétique, hors du temps, abrite de nombreux résineux séculaires (Mélèzes, Arolles, quelques Épicéas). On peut y voir, paraît-il, des arbres de plus de 700 ans! Je n’ai malheureusement pas eu le temps de partir à leur recherche, mais j’ai toutefois bien profité de cette courte visite.

Difficile de décrire mes impressions, cependant une chose est sûre: je me suis rarement senti aussi bien. Quelle sérénité en ce lieu!

Certains Arolles (Pin Cembro – Pinus Cembra) m’ont fortement impressionné: noueux, tortueux, massifs, aux racines épousant la roche (…) l’un d’eux, au tronc concave, semble vouloir offrir sa protection à la faune locale et au promeneur égaré (je ne l’étais pas, mais cet ancien m’a tout de même permis de rêvasser un instant entre ses bras ligneux).


Au bord du chemin se trouve la souche d’un Mélèze qui était apparemment âgé de plus de 400 ans. Vu la proximité des anneaux de croissance je veux bien le croire.
Cet arbre disparu n’est pas moins impressionnant que ses congénères vivants. Je dirais même que le vertige existentiel que sa vue suscite est encore plus puissant… En admirant cette souche j’ai tout de suite pensé à ce film d’Hitchcock que j’adore: Vertigo. On y voit le personnage de Madeleine (Kim Novak) dire à Scottie (James Stewart), en montrant une coupe de Sequoia:

« je suis née quelque part par ici… »
   puis de déplacer le doigt de quelques centimètres et d’ajouter: « … et je suis morte là. Pour lui ça n’a été qu’une heure, pour moi une vie ».

Cette séquence est tellement forte! Rien que d’en parler j’en ai la peau de gallinacé!

En contemplant ces êtres séculaires je songe alors à ma modeste vie d’humain qui ne représente qu’un fragment de la leur. Loin d’être effrayante cette pensée m’emplit de gratitude, de sérénité.
Fréquenter de vieux/grands/beaux arbres, en plus d’être une activité apaisante et une joie pour les yeux, nous remet gentiment à notre place. Plus qu’un simple passe-temps il s’agit donc d’un véritable exercice spirituel d’humilité, d’acceptation, de contemplation, de respect et d’amour pour le vivant (une des raisons, si ce n’est LA raison, de la passion que je leur voue).

Puissé-je vous avoir donné envie de vous y intéresser…

surpriiiise

Un petit morceau de mon jardin me tient lieu de pépinière. Celui-ci est organisé en trois zones: A) la serre pour les premiers semis. B) un petit m² fortifié pour permettre aux plantules se développer à l’abri des oiseaux (mais pas encore des limaces). C) juste de l’autre côté du chemin une zone de « quarantaine » où les plantes pourront croître jusqu’à ce que je puisse les identifier.
Cette procédure me permet, une fois la fleur déterminée, de l’installer au mieux dans le jardin (voir cet article).

Tout ceci est bien organisé, certes, mais le succès n’est pas forcément au rendez-vous. Je dois même avouer que le taux de réussite de mes semis est plutôt faible (pas mal de progrès à faire de ce côté là). Quant aux rescapées et bien elles mettent un temps fou à croître, si bien que j’en oublie habituellement leur provenance (les lieux de récoltes des graines/fruits sont bien notés quelque part, mais de ce côté là en revanche c’est pas toujours bien organisé).

Conséquence inattendue de cette situation: Ne disposant d’aucun indice (l’origine de la plante aurait pu m’aider) chaque nouvelle floraison, attendue parfois depuis deux ou trois ans, est donc pour moi un moment de suspense intenable (comment ça j’exagère?). D’autant plus que bien peu de mes semis initiaux parviennent à ce stade.

Seulement quatre nouvelles arrivantes identifiées cette année: L’Anthyllide vulnéraire (Anthyllis vulneraria), le Grémil officinal (Lithospermum officinale), la Campanule gantelée (Campanula trachelium), et la dernière , en fleurs depuis quelques jours…

Surpriiise!

–  Solidago virgaurea 

Une magnifique et médicinale Astéracée (famille des pâquerettes, soucis, pissenlits, cosmos, etc) que je voulais installer depuis longtemps dans mon jardin. Fleur plutôt fréquente ayant toutefois l’impudence de ne pas pousser spontanément sur mon petit bout de terrain (la rustre!).

Chouette surprise.
Voilà une journée qui commence bien!

Châtaignier d’Armoy

Il y a deux mois je découvrais en bord de route, en revenant de Samoëns, un imposant châtaignier à l’entrée d’Armoy (voir cet article). Je ne l’avais pas mesuré (barbelés, terrain privé) mais avais estimé sa circonférence à 7,50/8 m.
Aujourd’hui, me promenant dans le secteur je me suis permis de lui rendre une petite visite de courtoisie. Par chance j’ai pu rencontrer les propriétaires, fort sympathiques, et deviser arbres avec eux. Ils m’ont permis d’aller mesurer le monument, résultat: 8,26 m de circonférence!
Vu ses dimensions ce châtaignier doit certainement dépasser les 300 ans.

Cet arbre est visible depuis la route de Reyvroz à l’entrée d’Armoy (voir localisation).

Hêtre d’Abondance

Circonférence: 5,19 m
Hauteur: ~ 16 m
Âge:  180-300 ans (estimation)

À l’entrée du village haut-Savoyard d’Abondance se trouve un vieux hêtre noble mais fatigué. Lors de ma première visite en 2007 je constatais un feuillage clairsemé et pas mal de branches mortes. Mais pas de quoi m’inquiéter outre mesure.
Je suis récemment retourné le photographier et six ans plus tard mon impression est tout autre: peu de feuilles, beaucoup de bois mort et une bonne partie de sa structure absente. Fin de vie pour ce vieux Savoyard. Je lui devais bien un petit article.

Sur un écriteau est indiqué « par arreté du ministre de l’instruction publique et des beaux arts. En date du 14 mai 1909 ce Hêtre (ou Fayard) est classé au répertoire des sites et monuments naturels ».

Mes recherches m’ont permis d’en savoir un peu plus:
« Un premier arrêté de classement (pris par le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts le 14 juin 1909) a classé les 6 hêtres bordant la route d’entrée dans le village d’Abondance. On n’en connaît pas les raisons précises ni le contexte, même si l’on peut supposer qu’il s’agissait de souligner l’allure remarquable de cet alignement d’arbres, et que les arbres ont sûrement été classés à la demande de la propriétaire.
Le 12 juillet 1916, le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts prend un arrêté rectificatif pour déclasser l’un des six hêtres, pour mauvais été sanitaire. Cette pratique de déclassement n’a plus été appliquée par la suite. D’une manière générale, l’actuel ministère de l’écologie souhaite en effet conserver la mémoire de ce type d’arbres classés (il en est de même pour les Tilleuls de la Liberté par exemple), même s’ils disparaissent ou sont abattus pour raisons sanitaires, et recommande plutôt leur replantation à l’identique. Si officiellement cinq hêtres sont encore classés, il n’en reste en réalité plus qu’un aujourd’hui. » (je tiens à remercier le personnel de l’Abbaye d’Abondance pour ces informations).

Localisation: cliquez ici
Accès: facile. En bord de route (D22) juste avant de passer la rivière et d’entrer dans Abondance. Une table de pique-nique est même installée devant si vous désirez vous sustenter à l’ombre (enfin ce qu’il en reste) de ce vieux Hêtre…

Juillet 2015 > L’arbre continuait de décliner et a certainement perdu sa dernière feuille en 2014. Les crues du mois de mai 2015 ont mis un terme spectaculaire à son existence, la Dranse l’ayant emporté (en intégralité, jusqu’à la dernière radicelle) dans ses eaux déchainées, ne laissant à la place qu’un trou béant.
La végétation aura tôt fait de recouvrir les derniers stigmates de sa timide existence, et l’oubli, plus rapidement encore, de tomber sur les hommes…