le Pin noir du Mottay

Les Pins noirs sont de grands et beaux conifères fréquemment plantés dans les parcs et jardins pour leurs qualités ornementales, mais aussi beaucoup utilisés en sylviculture comme essence de reboisement[10].
Pour un non spécialiste la distinction entre les différents pins noirs (Pin de Salzmann, Pin laricio, Pin noir d’Autriche, etc) n’est pas évidente, d’autant plus que la nomenclature à ce sujet n’est, elle-même, pas très claire: pour certains les pins noirs se diviseraient en sous-espèces géographiques ; pour d’autres il s’agirait de variétés[1] et non de sous-espèces[2]. Ils sont même parfois présentés comme des variétés du Laricio[3]. Subtilités botaniques bien compliquées pour moi (et même, à ce que j’ai pu constater, pour de nombreux professionnels de l’arbre).
Les sous-espèces/variétés du Pin noir se partagent différentes aires géographiques du sud du continent européen, de l’Espagne à la Turquie, en passant par l’Autriche[12]. En France seuls le Laricio et le Pin de Salzmann sont autochtones. Il faut toutefois se rendre en Corse, dans les Cévennes ou dans les Pyrénées pour les rencontrer, aucun n’est naturellement présent en Haute-Savoie.

Le pin du parc des Dranse pourrait, par son apparence, être un Laricio[4]: arbre élevé présentant un fût cylindrique et parfaitement droit, un feuillage plutôt léger, des aiguilles et une écorce plus claires que le pin noir d’Autriche[5].

L’espèce est très longévive, le Laricio pouvant atteindre 500 à 600 ans, voire bien davantage[13]. Mais il s’agit là d’individus dans leur milieu naturel. Au sein de nos parcs ces arbres sont bien moins vieux.

Faute de documents historiques nous ne pouvons qu’estimer l’âge de ce Pin. Probablement aux environs des 150 ans[11]. Un tout jeune Laricio donc.

Ce vénérable Pin présente un port élancé très élégant et des dimensions imposantes. Si sa hauteur, 29,8 mètres[6], n’est pas exceptionnelle pour l’espèce qui peut parfois dépasser 40 m, sa circonférence, en revanche, sans toutefois atteindre des records est tout à fait remarquable[14]: 4,38 m[8]

Le plus gros Pin noir du département[7], et peut-être aussi le plus beau (très subjectif me direz-vous ; certes. Mais attendez d’avoir visité cet arbre).

Outre la beauté de cet arbre et ses dimensions imposantes, celui-ci présente une autre particularité, celle d’abriter, niché dans son houppier, une petite colonie de hérons, appelée héronnière. Le pied de l’arbre est entouré sur un large périmètre d’une clôture visant à préserver la tranquillité de cette zone de nidification (mais l’indescriptible cacophonie de l’ensemble aura tôt fait d’éloigner les moins curieux).

Ce pin, entourés de nombreux ifs, est situé non loin de la rive et à 500m de l’embouchure de la Dranse.

Anciennement propriété du Mottay, le lieu fût un temps un centre d’essai pour les hydravions avant d’être reconvertit, après la seconde guerre-mondiale, en colonie de vacance de l’aviation civile[9]. Le site est racheté en 2010 par le Conservatoire du littoral et en 2012 débute un chantier de réhabilitation et de renaturation du lieu, privilégiant un « retour au naturel et encourageant une diversité florale et de milieux ». Travaux terminés en 2013. Aujourd’hui le parc des Dranse est accessible à tous.

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 24.128′ E6° 31.479′
Accès: facile. Parkings à proximité. Par l’ouest côté Sagradranse où par l’est côté parcs d’Amphion (Les Tilleuls, Le Mottay, Plage, cité de l’eau). À ~5 km d’Evian, ~6 km de Thonon, ~40 km de Genève.

notes:
1) Une variété est «un rang taxinomique de niveau inférieur au rang d’espèce (« infraspécifique »). Ce rang, intercalé entre celui de « sous-espèce » et celui de « forme » permet de circonscrire et de regrouper plus finement un ensemble d’individus (une population) différant légèrement des autres individus conspécifiques, par un ou plusieurs caractères considérés comme mineurs, c’est-à-dire ne justifiant pas la création d’une nouvelle espèce, car ils possèdent par ailleurs tous les caractères diagnostiques entrant dans la définition de cette espèce.Il s’agit le plus souvent de différences morphologiques (anatomique), chimiques ou organoleptiques (couleur, odeur), écologique (habitat, substrat), caractères qui sont censés évoluer en dehors du courant génétique de la variété type. »
2) Une sous-espèce «consiste en un groupe d’individus qui se trouvent isolés (pour des raisons géographiques, écologiques, anatomiques ou organoleptiques) et qui évoluent en dehors du courant génétique de l’espèce de référence. Au bout d’un certain temps, ce groupe d’individus prend des caractéristiques spécifiques qui le différencient de l’espèce de référence.»
3) Par exemple Jacques Brosse « Larousse des arbres ».
4) Pinus nigra subsp. laricio Maire, voire simplement Pinus laricio.
5) Cônes subsessiles, aiguilles souples et non piquantes plaident aussi en faveur du laricio.
6) au dendromètre Suunto le 12/1/16.
7) En l’état actuel de mes investigations évidemment. Le pin noir du parc de Corzent le dépasse, en circonférence, de quelques centimètres. Mais il s’agit d’un tronc double, ce qui fausse les perceptions. Le laricio d’Amphion présentant un tronc unique je le considère pour ma part comme le plus gros – connu à ce jour – du département.
Je n’ai trouvé inventorié pour toute la France que cinq arbres plus imposants, mais l’espèce pouvant dépasser les 5 m de tour il est fort probable que les pinèdes Corses abritent de nombreux colosses encore inconnus…
8) au 12/1/16.
9) « 1905 – Les débuts de l’aéronautique – En partenariat avec les chantiers navals Celle, situés à Publier, des essais de planeurs tractés par des canots automobiles de grande puissance sont effectués avec succès sur le Léman au large d’Amphion.
1942 -une hydrobase à port pinard -En 1942, la France installe à Port Pinard un centre d’essai pour les hydravions commerciaux, à très fort tonnage, capables de traverser l’Atlantique. Trois prototypes sont testés : Latécoère 631, Potez 161, SE 2000. Mais en 1943, les autorités allemandes ferment la base et saisissent les hydravions.
1948 – La colonie de vacances de l’aviation civile – En août 1948, l’État décide d’installer sur le site de l’hydrobase une colonie de vacances destinée aux enfants du personnel de l’aviation civile et de la météorologie nationale, en utilisant les infrastructures existantes. » Panneau d’information du parc.
10) Représenterait même la troisième essence résineuse de reboisement, après le Douglas et le Pin maritime (source ONF).
11) Estimation par l’analyse statistique de l’âge connu ou estimé de nombreux Pins nous permettant d’établir une fourchette assez fiable: de 130 à 200 ans. L’arbre ayant poussé dans de bonnes conditions son âge se situe probablement davantage aux alentours des 150 que des 200 ans. À noter un houppier déjà important sur une photo aérienne de 1927 (source IGN)
12) Voir ces cartes de distribution.
13) Citons le cas d’un Laricio Corse, en forêt de Valdoniello. L’arbre, appelé « la Regina », mort en 1954, aurait été âgé de 900 à 1000 ans (Revue Forestière Française – 1955).
14) L’espèce peut atteindre 5 à 6 m de circonférence, mais il s’agit là d’arbres exceptionnels. En dehors de leurs aires naturelles il est déjà peu fréquent de rencontrer des Pins noirs de plus d’1 m de diamètre ; et rare au delà de 3,50 m de circonférence.

le Cèdre de la source Cachat


Évian-les-Bains est une petite ville située en bord de Léman.

Bien que modestement peuplée d’environ 8000 Évianais peu de gens ignorent le nom de cette commune chablaisienne, célèbre bien au delà du département (et même au delà des frontières du pays) pour son eau minérale.

Moins connu, mais en lien direct, est son passé thermal sur lequel s’est construit ce succès…

Sur la commune limitrophe de Publier, jaillit une source ferrugineuse. L’intérêt qu’a suscité cette eau, dès la fin du XVIIème siècle, a fait d’Amphion-les-Bains une station thermale très en vogue au siècle suivant. Mais non loin de là, la découverte d’une eau plus douce entrainera le lent déclin du thermalisme à Amphion.

Les bienfaits des eaux d’Évian auraient été découverts en 1789 par Jean Charles de Laizer, comte de Brion, qui était alors en cure à Amphion pour soigner des troubles urinaires chroniques, sans succès toutefois. L’eau de la fontaine Sainte-Catherine à Évian lui fut en revanche salutaire. Suite à cette soudaine rémission il envoya quelques bouteilles au docteur Tissot pour analyses. Les vertus médicales de cette eau remportèrent vite un franc succès.

Le propriétaire du terrain, Gabriel Cachat, se mit alors à vendre le précieux liquide. En 1824 apparaissent les premiers bains et la source Sainte-Catherine, non la seule d’Evian mais la plus célèbre, change de nom pour devenir source Cachat [3]. Deux ans plus tard, en 1826, source et terrain sont rachetés par le banquier genevois François Fauconnet, initiateur de la saga des eaux d’Évian…

la commune chablaisienne devient rapidement un haut-lieu du thermalisme fréquenté par toute la haute société de l’époque et plusieurs grands hôtels sont alors construits pour faire face à l’afflux des curistes (l’annexion de la Savoie à la France en 1860 et l’arrivée du chemin de fer à Évian en 1882 participeront à l’essor du thermalisme éviannais).

L’Hôtel des Bains, construit en 1839, agrandit dans les années 1850 pour devenir le Grand Hôtel des Bains, enfin modifié en 1898 et renommé Splendide Hôtel [1], se situait non loin de la source. Ses jardins étaient même contigus à celle-ci [2].

Aujourd’hui, outre les habitants, de nombreux touristes viennent se désaltérer à la source Cachat[3] (et s’y faire prendre en photo), sans vraiment accorder d’attention à l’arbre imposant qui domine littéralement ce lieu, quelques mètres à peine en amont de la fontaine, en lisière des anciens jardins:

Un cèdre superbe aux puissantes branches étalées.

Selon Françoise Breuillaud-Sottas, historienne spécialiste du thermalisme à Evian, ce cèdre pourrait être contemporain de l’agrandissement du bâtiment initial au cours des années 1850. Toutefois sa plantation pourrait être antérieure, « les jardins en terrasse ayant été aménagés , dans les années 1830-1840 ».

Hypothèse fort probable car sur une illustration représentant le premier édifice avant agrandissement, donc entre les années 1839 et 1853, on constate la présence d’un conifère ressemblant à un jeune cèdre. Sa position par rapport aux différents bâtiments cadre parfaitement avec la position qu’occupe le cèdre aujourd’hui, et sa taille apparente pourrait correspondre à celle d’un arbre planté entre 1830 et 1840 [4]

Nous pouvons donc en déduire un âge probable entre 185 et 200 ans.

L’association du cèdre à l’histoire du thermalisme évianais (l’arbre est visible sur de très nombreuses cartes postales anciennes) est déjà en soi singulière, mais ce passé prestigieux n’est pas évident au premier abord. Ce qui frappe avant tout, c’est la beauté de cet arbre, et ses dimensions remarquables.

D’un imposant fût de 5,86 m [5] de circonférence, soit presque 2 mètres de diamètre, émerge un bouquet de branches jaillissantes, celles situées en périphérie retombent et s’étalent avec grâce. L’ensemble confère à ce cèdre un port princier qui s’accorde parfaitement à l’histoire du lieu.


Sa situation isolée, l’absence de concurrence, ne l’ont pas forcé à croître en hauteur ; celle-ci n’est donc pas exceptionnelle (22,5 m pour être précis [6]).

Je ne suis pas parvenu à déterminer l’espèce. La forme générale me fait penser au cèdre du Liban – Cedrus Libani (cime large, port très étalé…), en revanche les feuilles correspondraient davantage au cèdre de l’Atlas – Cedrus atlantica (2,5 cm en moyenne, d’un vert plutôt bleuté). Mais pour être franc je suis loin d’être spécialiste des cèdres… L’âge de cet arbre pourrait être un indice précieux car s’il a bien été planté avant 1840 il y a de fortes probabilités qu’il s’agisse d’un cèdre du Liban, car le cèdre de l’Atlas, découvert vers 1826 [7], n’a été multiplié qu’à partir de 1839 [7], ce qui semble ici un peu juste (mais pas impossible non plus)…

Malgré quelques rameaux secs, les stigmates de nombreuses branches taillées ainsi qu’une petite section écorcée sur le tronc, son état sanitaire semble excellent, l’arbre dégageant une incroyable impression de vigueur. Il faut croire que les vertus des eaux minérales d’Évian auront été bénéfiques à ce vieux cèdre qui y plonge ses racines depuis plus d’un siècle et demi.

Ce cèdre vient tout juste [8] d’être labellisé « arbre remarquable de France » par l’association A.R.B.R.E.S [9] Distinction parfaitement méritée!

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: 46.399712  /  6.591826
Accès: facile. Arbre situé en plein centre d’Evian.

Merci à Françoise Breuillaud-Sottas pour ses précisions historiques.

Notes:
1) Ce bâtiment n’existe plus aujourd’hui et le périmètre de l’ancien parc est désormais coupé en son centre par le boulevard Jean Jaurès.
2) De cette haute société de l’époque peu de noms nous sont connus, car Il s’agissait avant tout de « têtes couronnées », « d’aristocrates », « de rentiers », « d’industriels » (Marie-Reine Jazé-Charvolin « Les stations thermales : de l’abandon à la renaissance. Une brève histoire du thermalisme en France depuis l’Antiquité »). Mais il y avait aussi des artistes, le plus connu étant certainement Marcel Proust, qui a séjourné plusieurs fois au Splendide Hôtel (1899 – 1905). On imagine parfaitement l’écrivain déambulant dans le parc de L’hôtel et s’asseyant, pourquoi pas, à l’ombre de notre vénérable cèdre, songeant aux premières lignes de « la Recherche du temps perdu ».
3) la fontaine actuelle date de 1903.
4) Davet de Beaurepaire vante, en 1852, la beauté des jardins de l’hôtel des Bains, parle de charmilles, de bosquets d’arbres, d’un rosier « phénoménal » mais ne parle pas du cèdre : dans l’hypothèse où il aurait été planté en même temps que l’aménagement des jardins en terrasses il n’avait alors pas plus de 20 à 30 ans .
5) Mesure au 8/10/16. Anciennes mesures: 5,83 m au 1/8/15 , 5,78 m au 1/9/13. Accroissement entre 2,5 et 3 cm par an.
6) Au dendromètre Suunto le 8/10/16.
7) Découvert par Philip Barker Webb, multiplié à partir de 1839 par le pépiniériste français Sénéclauze (source: Jacques Brosse).
8) Heureux hasard (et synchronisation idéale!), mon article étant en chantier depuis presque 1 an (et mes recherches bien antérieures).
Info vue sur le Messager du 3 novembre 2016.
9) Association A.R.B.R.E.S : « Arbres remarquables : bilan, recherche, études et sauvegarde ». Voir leur site.

l’Érable de la Thuile

Le chalet de la Thuile, dans la commune de Beaumont, est située à 1161 m d’altitude sur le massif du Salève.


Tout au long du chemin et face à la vieille bâtisse un panorama superbe s’offre à vous: une vue à 180° sur le Genevois, d’un côté le Léman, de l’autre le Vuache,  et en arrière plan les lignes douces du Jura caressant l’horizon.

Ce chalet de la Thuile n’est pas un simple chalet d’alpage, mais un lieu au riche passé.

Au XIIème siècle des religieux s’installent au pied du Salève, sur la commune de Présilly, et fondent la Chartreuse de Pomier. Au sein de la chartreuse les hommes chargés des affaires séculières, des travaux manuels, de l’entretien des champs et des forêts sont appelés « frères convers ».
Il est possible que la « grange » de la Thuile ait été un lieu exploité par les frères convers dès le XVIème siècle(1).

En 1792 les révolutionnaires français envahirent la Savoie, pillent la Chartreuse, dispersent les religieux et confisquent leurs biens(2) ; la Thuile sera alors vendue aux enchères…

Fin du XIXème le lieu est racheté par la famille Brand qui rénove et agrandit le chalet, le transformant en une ferme-auberge qui deviendra un lieu très couru à la cuisine réputée, avant de retomber dans les limbes de l’anonymat…
La Thuile sera habitée par un berger pendant presque 30 ans, avant son rachat par la commune de Beaumont en 1982…

Le Salève est une vraie pépinière  d’arbres remarquables. Il est ici assez facile de tomber, au détour d’un sentier, sur un ligneux hors du commun. Difficile pourtant, pour le randonneur de passage, de déceler le caractère exceptionnel de l’érable situé une trentaine de mètres en contrebas du chemin de la Thuile, non loin des bâtiments.
Si je n’étais pas habitué à chercher les vénérables ligneux je serais sans doute moi-même passé par là sans remarquer cet arbre, qui vu d’en haut n’accroche pas forcément le regard (à plus forte raison en période de végétation où le feuillage masque en partie sa structure massive).

Il s’agit d’un érable sycomore (Acer pseudoplatanus) aux dimensions hors du commun.

Son caractère hors-norme est à chercher côté circonférence car sa hauteur modeste, 25 m environ, n’en fait pas un arbre particulièrement élevé(3).  Sans grande concurrence pour la lumière ce vieux ligneux n’avait pas besoin d’aller plus haut. Qui plus est il a été taillé par le passé, peut-être à de nombreuses reprises.

Malgré des mensurations record(4) cet érable se fait pourtant discret. En amont, depuis le chemin de la Thuile, on pourrait penser avoir affaire à un groupe très compact de plusieurs arbres. Ce n’est qu’en aval du vieil érable, le long de l’ancien chemin qui reliait cet alpage à celui des Convers, que sa puissance se dévoile…

D’une énorme base ligneuse d’environ 7,60 mètres de tour(5) (soit presque 2m50 de diamètre!) émergent trois troncs dont le plus large, avec 4,35 m(6) de circonférence , surpasse à lui seul la plupart des érables du département.

Difficile de conclure de façon catégorique s’il s’agit d’un seul ou de plusieurs arbres soudés. Toutefois mon ressenti est qu’il s’agit bien d’un unique érable. Acer pseudoplatanus rejette facilement de souche et ramifie souvent assez bas. Il n’est donc pas inhabituel de rencontrer des multi-troncs.

L’espèce peut atteindre des dimensions impressionnantes. Sur l’ensemble de l’Europe de très nombreux érables inventoriés dépassent les 5m de tour, allant jusqu’à 9 m(7). Qu’ils soient si nombreux ne signifie pas pour autant une distribution régulière des différentes circonférences, car sur le terrain il est peu fréquent de trouver des individus dépassant le mètre de diamètre.

Quand bien même il s’agirait de plusieurs arbres soudés, la circonférence du plus gros des trois troncs suffirait donc à le rendre remarquable.

Acer pseudoplatanus est une espèce qui peut dépasser les 200 ans, voire exceptionnellement 300. Quelques arbres auraient même franchi les 500 ans. J’aurais toutefois bien du mal à donner un âge à notre érable. Peut-être entre 200 et 300 ans, difficile à dire…

Le plus gros des tronc est creux, ce qui semble très fréquent chez les vieux érables. L’arbre présente un peu de bois mort et les stigmates de quelques blessures. L’ensemble dégage une impression de force et de vigueur.

Un certain nombre d’arbres (probablement remarquables) situés aux abords du chalet ont été coupés en 2014 par la municipalité pour des raisons, semble-t-il, de sécurité.
L’érable doit probablement sa survie à sa position: situé à l’écart, il ne présente pas de danger pour les bâtiments ou pour les promeneurs…

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 05.147′ E6° 07.402′
Accès: Assez facile. De Cruseilles prendre la route qui parcourt le sommet du Salève (il est possible aussi de la prendre par Collonges-sous-Salève, la Muraz, ou encore Monnetier-Mornex) et se garer au parking situé près du Plan du Salève. De là descendre à pied, sur ~2km, la route gravillonnée de la Thuile pour atteindre le Chalet. En chemin quelques beaux arbres sauront agrémenter votre parcours, tel que ce bel alisier blanc, ou encore cet orme.
En contrebas du chalet un vieux verger d’altitude, rénové en 2012, abrite quelques arbres intéressants…

Merci à Jean Louis Sartre pour les informations qu’il m’a communiqué et qui m’ont permis de compléter l’historique du lieu (voir son site consacré à La Thuile).

Notes:
1) Abel Jacquet « Sur le versant du Salève : la chartreuse de Pomier » (1980): « En ce début du XVIe siècle, la maison de Pomier était devenue fort riche et fort prospère (…) la chartreuse détenait (…) au sud, la grange de la Thuile (…) La chartreuse admodiait et albergeait la majeure partie de ces terres soit à des fermiers, soit à des grangers, soit encore à des métayers, selon la formule des contrats…». Un acte notarié de 1679 fait mention de l’exploitation du lieu par la Chartreuse (Echos saléviens de 1987 – annexe 1, p45).
2) En 1815 la Savoie redevient Sarde, mais les Chartreux ne reviendront pas. La vocation religieuse de la Chartreuse s’est arrêté à la Révolution.
3) L’espèce atteint 30 m, exceptionnellement 40 m.
4) En considérant cette base énorme il se pourrait qu’il s’agisse du plus gros érable du département, du moins d’un simple point de vue chiffres. Côté ressenti, un érable de 5 m de tour, comme au Betzalin, paraitra plus imposant (le plus gros tronc de l’érable de La Thuile ne mesurant que 4,35 m).
5) mesuré à la base au 27/5/15
6) 4,35 m, 3,03 m et 1,98 m (mesures en 2014 et 2015)
7) Et que dire de l’Erable de Trun, dans les Grisons: l’arbre aujourd’hui disparu mesurait 16,9 m de tour! Certes il s’agissait de plusieurs troncs soudés, mais tout de même, l’aspect colossal de l’ensemble devait être saisissant!

le Thuya de Peillonnex

Si je vous dis « thuya » il est fort probable que la première image qui vous vienne en tête soit celle d’une haie taillée au carré(1).

Pourtant, le Thuya n’est pas un arbuste, mais bel et bien un arbre.
Et quel arbre!

Dans son aire d’origine, l’Amérique du Nord(2), le Thuya géant (Thuja plicata) est un grand conifère atteignant jusqu’à 60 mètres de haut(3), avec un tronc pouvant dépasser 5 mètres de diamètre(4)!
Il s’agit-là d’arbres multi-séculaires, voire millénaires(5). Les exemplaires Européens sont bien plus jeunes, car l’espèce n’a été introduite sur le vieux continent qu’en 1853(6). Les plus âgés n’ont chez nous qu’un siècle et demi d’existence, tout au plus.

C’est toutefois bien assez pour devenir de beaux et grands arbres de parcs, et sans égaler leurs cousins américains nos thuyas deviennent parfois tout à fait remarquables. D’autant plus que l’espèce, pour peu qu’on la laisse un peu tranquille (et qu’on arrête de vouloir en faire des haies), est très ornementale.

Peillonnex, situé à quelques kilomètres au nord de Bonneville, dans la vallée de l’Arve,  est une petite commune d’environ 1400 habitants. Le village abrite une église inscrite aux monuments historiques(7).
Cet édifice, datant du XIIème siècle (voire du Xème(15)), était accolé à un prieuré du XIème siècle (un des plus anciens établissements religieux de la région. Détruit en 1589 avant d’être restauré fin XVIIème(8)).

Devant l’église trône un arbre impressionnant.

Dans un tel contexte, en plein coeur de la Haute-Savoie, on s’attendrait à découvrir un tilleul (ou au moins une espèce autochtone), mais chose surprenante c’est bien à un Thuya géant que nous avons affaire.

De fastidieuses recherches ne m’ont malheureusement pas permis d’apprendre grand-chose à son sujet, mais le peu que j’en sais permet toutefois d’expliquer cette curiosité:

Initialement ce tout petit parc situé au pied de l’église n’était autre que le cimetière, déplacé en 1912(16).
L’arbre aurait été planté sur la tombe d’une personne décédée en décembre 1909 (en plein hiver, par conséquent une plantation probablement ultérieure, à partir de 1910) et serait alors âgé de plus de 106 ans.
Le Thuya était déjà bien visible sur le cliché de 1936. 1909 est donc une date plausible car une vingtaine d’années sont bien suffisantes pour qu’un thuya non taillé développe un houppier volumineux, mais cela n’est pas un indice si concluant: la plantation aurait tout aussi bien pu être antérieure à 1909 et concerner un autre défunt.

La présence de cet arbre en ce lieu est en tout cas postérieure à l’introduction de l’espèce en Europe en 1853(6).
Il est peu probable qu’un petit village haut-savoyard ait eu dès cette date le privilège de voir planté dans son cimetière une espèce exotique tout juste importée, mais en tous les cas cela nous donne une limite maximale indépassable.

Donc un âge probablement supérieur à 107 et inférieur à 163 ans…

Le thuya a tendance à marcotter, c’est-à-dire que ses branches pendantes, en touchant le sol, se ré-enracinent, devenant avec le temps des pieds indépendants formant parfois une sorte de petite forêt. Le plus connu des thuyas à marcottes est celui de Vitré(10). Moins impressionnant, mais tout aussi intéressant, celui d’Amphion qui a l’avantage d’être haut-savoyard (voir cette image)…
Le Thuya de Peillonnex présente lui une forme bien différente, due, probablement, à un entretien régulier visant à pouvoir circuler autour de l’arbre (au-dessous de 2 mètres aucune branche ne vient troubler nos déambulations méditatives), la base est alors bien visible.
Et quelle base impressionnante!

Outre l’aspect esthétique de ce bel arbre, isolé face au prieuré, ce sont bien les dimensions colossales de son tronc qui marquent l’esprit:

~7,70 m(11) de circonférence! Presque 2m50 de diamètre!

Ce tour de taille hors du commun en fait un des plus gros thuyas d’Europe, probablement le plus gros de France.(12)

Cependant, précisons une chose: il ne s’agit pas d’un tronc unique, en un bloc, mais d’un faisceau de troncs jaillissants d’une base énorme.

Son aspect évoque une sorte de cépée: l’arbre taillé dans sa jeunesse émettant de multiples tiges finissant par former un faisceau plus ou moins dense.  Toutefois, les axes relativement verticaux de ces troncs suggèrent une autre hypothèse:

Il pourrait s’agir de plusieurs arbres, initialement plantés autour d’une pierre tombale. En grossissant ceux-ci se seraient touchés, puis soudés, offrant aujourd’hui l’aspect d’un arbre unique. Hypothèse qui permettrait en outre d’expliquer un diamètre record en à peine plus d’un siècle.

Cela ne le rend pas moins intéressant, bien au contraire: que ce Thuya soit devenu le gardien d’une sépulture, protégeant son occupant de ses racines, alors même que le cimetière a été déplacé depuis bien longtemps, oublié de tous, est une chose assez belle je trouve.

La foudre lui est tombée dessus en août 2009(17). Lors de mon premier passage en 2014 je ne l’avais même pas remarqué (on distingue à peine le chemin qu’a emprunté l‘arc électrique le long du tronc, voir cette image) ; en revanche j’avais constaté ce qui semblait être une descente de cime(13). La foudre en serait-elle la cause?
À moins que l’arbre n’ai pas supporté l’aridité de certains étés passés ; l’espèce, native d’une zone à forte forte humidité supportant mal la sècheresse…

À noter que l’arbre a servi, durant de nombreux hivers, de dortoir à hiboux moyen-ducs. Ce qui, semble-t-il, n’est plus le cas aujourd’hui.(14)

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 07.973′ E6° 22.727′
Accès: Très facile. Possibilité de se garer à 200m du prieuré (à côté d’un gros marronnier).
Pour info Peillonnex est situé à 24 km de Genève, 48 km d’Annecy et à 166 km de Lyon.

notes:
1) Difficile de visualiser autre chose me direz vous, il y en a partout (peut-être même dans votre propre jardin?). En effet le thuya reste encore, malheureusement, la star des haies. Je dis « malheureusement » car il s’agit d’une aberration! L’espèce pousse vite, supporte bien la taille, devient rapidement occultante, idéal pour s’isoler du  voisinage, mais il s’agit bel et bien d’un arbre. Imaginez planter une haie de chênes, avec un arbre tous les 50cm. Ridicule! Pourtant c’est bien ce que l’on continue à faire avec le Thuya.
2) Côte ouest des États-Unis et du Canada. Voir cette carte.
3) Actuellement le plus haut serait un Thuya Canadien (Cheewhat Lake) avec 59,15 m.
4) Record détenu semble-t-il par un Thuya Américain avec 19,3 m de circonférence (Olympic national park).
5) À ma connaissance le plus vieil arbre daté avec précision aurait 1460 ans (E.U, Olympic National Forest).
6) Introduit par William Lobb en 1853 en Grande-Bretagne.
7) Arrêté du 22 octobre 1971. Voir ici.
8) Plus d’infos, voir ici.
9) Source photos IGN – voir ce comparatif.
10) Vitré en Ille-et-Vilaine, voir ici.
11) Mesuré au plus étroit en juillet 2015. Précédente mesure en 2014: 7,68 m.
12) Le plus gros serait un Thuya Italien (Villa Palagio, Barberino di Mugellovoir ici) avec 8,43 m de circonférence. Ensuite on trouve un arbre Britannique mesurant 7,81 m de tour (voir ici). Notre Thuya arriverait en 3è position…
13) Suite à un stress (foudre, sécheresse, mise en lumière brutale, attaque parasitaire) un arbre peut alors choisir, pourrait-on dire, de sacrifier la cime qui se met alors à sécher. Cela n’affecte pas obligatoirement la survie à long terme… J’ai observé ça sur des chênes et d’autres feuillus, mais je ne sais pas si ce phénomène est possible chez les conifères.
14) Source: A. Guibentif
15) L’église daterait d’avant 988. Source: Monographie de l’abbé Adrien Gavard.‘’Peillonnex, Le prieuré, la paroisse, la commune’’ paru en 1901 (réédition de 2006) 
16) Source: membres du bureau rédacteur du petit colporteur
17) Foudre tombée le 7 août 2009. Voir article du Dauphiné Libéré du 10 août.

Merci à André Pellet, Georges Tardy et aux membres du bureau rédacteur du petit colporteur pour les informations transmises qui m’ont permis d’affiner l’historique des lieux.
Si vous disposez d’infos complémentaires où d’anciennes photographies n’hésitez pas…

Page 1 sur 151234510Dernière page »