l’Érable de la Thuile

Le chalet de la Thuile, dans la commune de Beaumont, est située à 1161 m d’altitude sur le massif du Salève.


Tout au long du chemin et face à la vieille bâtisse un panorama superbe s’offre à vous: une vue à 180° sur le Genevois, d’un côté le Léman, de l’autre le Vuache,  et en arrière plan les lignes douces du Jura caressant l’horizon.

Ce chalet de la Thuile n’est pas un simple chalet d’alpage, mais un lieu au riche passé.

Au XIIème siècle des religieux s’installent au pied du Salève, sur la commune de Présilly, et fondent la Chartreuse de Pomier. Au sein de la chartreuse les hommes chargés des affaires séculières, des travaux manuels, de l’entretien des champs et des forêts sont appelés « frères convers ».
Il est possible que la « grange » de la Thuile ait été un lieu exploité par les frères convers dès le XVIème siècle(1).

En 1792 les révolutionnaires français envahirent la Savoie, pillent la Chartreuse, dispersent les religieux et confisquent leurs biens(2) ; la Thuile sera alors vendue aux enchères…

Fin du XIXème le lieu est racheté par la famille Brand qui rénove et agrandit le chalet, le transformant en une ferme-auberge qui deviendra un lieu très couru à la cuisine réputée, avant de retomber dans les limbes de l’anonymat…
La Thuile sera habitée par un berger pendant presque 30 ans, avant son rachat par la commune de Beaumont en 1982…

Le Salève est une vraie pépinière  d’arbres remarquables. Il est ici assez facile de tomber, au détour d’un sentier, sur un ligneux hors du commun. Difficile pourtant, pour le randonneur de passage, de déceler le caractère exceptionnel de l’érable situé une trentaine de mètres en contrebas du chemin de la Thuile, non loin des bâtiments.
Si je n’étais pas habitué à chercher les vénérables ligneux je serais sans doute moi-même passé par là sans remarquer cet arbre, qui vu d’en haut n’accroche pas forcément le regard (à plus forte raison en période de végétation où le feuillage masque en partie sa structure massive).

Il s’agit d’un érable sycomore (Acer pseudoplatanus) aux dimensions hors du commun.

Son caractère hors-norme est à chercher côté circonférence car sa hauteur modeste, peut-être 20 m, n’en fait pas un arbre particulièrement élevé(3).  Sans grande concurrence pour la lumière ce vieux ligneux n’avait pas besoin d’aller plus haut. Qui plus est il a été taillé par le passé, peut-être à de nombreuses reprises.

Malgré des mensurations record(4) cet érable se fait pourtant discret. En amont, depuis le chemin de la Thuile, on pourrait penser avoir affaire à un groupe très compact de plusieurs arbres. Ce n’est qu’en aval du vieil érable, le long de l’ancien chemin qui reliait cet alpage à celui des Convers, que sa puissance se dévoile…

D’une énorme base ligneuse d’environ 7,60 mètres de tour(5) (soit presque 2m50 de diamètre!) émergent trois troncs dont le plus large, avec 4,35 m(6) de circonférence , surpasse à lui seul la plupart des érables du département.

Difficile de conclure de façon catégorique s’il s’agit d’un seul ou de plusieurs arbres soudés. Toutefois mon ressenti est qu’il s’agit bien d’un unique érable. Acer pseudoplatanus rejette facilement de souche et ramifie souvent assez bas. Il n’est donc pas inhabituel de rencontrer des multi-troncs.

L’espèce peut atteindre des dimensions impressionnantes. Sur l’ensemble de l’Europe de très nombreux érables inventoriés dépassent les 5m de tour, allant jusqu’à 9 m(7). Qu’ils soient si nombreux ne signifie pas pour autant une distribution régulière des différentes circonférences, car sur le terrain il est peu fréquent de trouver des individus dépassant le mètre de diamètre.

Quand bien même il s’agirait de plusieurs arbres soudés, la circonférence du plus gros des trois troncs suffirait donc à le rendre remarquable.

Acer pseudoplatanus est une espèce qui peut dépasser les 200 ans, voire exceptionnellement 300. Quelques arbres auraient même franchi les 500 ans. J’aurais toutefois bien du mal à donner un âge à notre érable. Peut-être entre 200 et 300 ans, difficile à dire…

Le plus gros des tronc est creux, ce qui semble très fréquent chez les vieux érables. L’arbre présente un peu de bois mort et les stigmates de quelques blessures. L’ensemble dégage une impression de force et de vigueur.

Un certain nombre d’arbres (probablement remarquables) situés aux abords du chalet ont été coupés en 2014 par la municipalité pour des raisons, semble-t-il, de sécurité.
L’érable doit probablement sa survie à sa position: situé à l’écart, il ne présente pas de danger pour les bâtiments ou pour les promeneurs…

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 05.147′ E6° 07.402′
Accès: Assez facile. De Cruseilles prendre la route qui parcourt le sommet du Salève (il est possible aussi de la prendre par Collonges-sous-Salève, la Muraz, ou encore Monnetier-Mornex) et se garer au parking situé près du Plan du Salève. De là descendre à pied, sur ~2km, la route gravillonnée de la Thuile pour atteindre le Chalet. En chemin quelques beaux arbres sauront agrémenter votre parcours, tel que ce bel alisier blanc, ou encore cet orme.
En contrebas du chalet un vieux verger d’altitude, rénové en 2012, abrite quelques arbres intéressants…

Merci à Jean Louis Sartre pour les informations qu’il m’a communiqué et qui m’ont permis de compléter l’historique du lieu (voir son site consacré à La Thuile).

Notes:
1) Abel Jacquet « Sur le versant du Salève : la chartreuse de Pomier » (1980): « En ce début du XVIe siècle, la maison de Pomier était devenue fort riche et fort prospère (…) la chartreuse détenait (…) au sud, la grange de la Thuile (…) La chartreuse admodiait et albergeait la majeure partie de ces terres soit à des fermiers, soit à des grangers, soit encore à des métayers, selon la formule des contrats…». Un acte notarié de 1679 fait mention de l’exploitation du lieu par la Chartreuse (Echos saléviens de 1987 – annexe 1, p45).
2) En 1815 la Savoie redevient Sarde, mais les Chartreux ne reviendront pas. La vocation religieuse de la Chartreuse s’est arrêté à la Révolution.
3) L’espèce atteint 30 m, exceptionnellement 40 m.
4) En considérant cette base énorme il se pourrait qu’il s’agisse du plus gros érable du département, du moins d’un simple point de vue chiffres. Côté ressenti, un érable de 5 m de tour, comme au Betzalin, paraitra plus imposant (le plus gros tronc de l’érable de La Thuile ne mesurant que 4,35 m).
5) mesuré à la base au 27/5/15
6) 4,35 m, 3,03 m et 1,98 m (mesures en 2014 et 2015)
7) Et que dire de l’Erable de Trun, dans les Grisons: l’arbre aujourd’hui disparu mesurait 16,9 m de tour! Certes il s’agissait de plusieurs troncs soudés, mais tout de même, l’aspect colossal de l’ensemble devait être saisissant!

le Thuya de Peillonnex

Si je vous dis « thuya » il est fort probable que la première image qui vous vienne en tête soit celle d’une haie taillée au carré(1).

Pourtant, le Thuya n’est pas un arbuste, mais bel et bien un arbre.
Et quel arbre!

Dans son aire d’origine, l’Amérique du Nord(2), le Thuya géant (Thuja plicata) est un grand conifère atteignant jusqu’à 60 mètres de haut(3), avec un tronc pouvant dépasser 5 mètres de diamètre(4)!
Il s’agit-là d’arbres multi-séculaires, voire millénaires(5). Les exemplaires Européens sont bien plus jeunes, car l’espèce n’a été introduite sur le vieux continent qu’en 1853(6). Les plus âgés n’ont chez nous qu’un siècle et demi d’existence, tout au plus.

C’est toutefois bien assez pour devenir de beaux et grands arbres de parcs, et sans égaler leurs cousins américains nos thuyas deviennent parfois tout à fait remarquables. D’autant plus que l’espèce, pour peu qu’on la laisse un peu tranquille (et qu’on arrête de vouloir en faire des haies), est très ornementale.

Peillonnex, situé à quelques kilomètres au nord de Bonneville, dans la vallée de l’Arve,  est une petite commune d’environ 1400 habitants. Le village abrite une église inscrite aux monuments historiques(7). Cet édifice, datant du XIIème siècle, était accolé à un prieuré du XIème siècle (un des plus anciens établissements religieux de la région. Détruit en 1589 avant d’être restauré fin XVIIème(8)).

Devant l’église trône un arbre impressionnant.

Dans un tel contexte, en plein coeur de la Haute-Savoie, on s’attendrait à découvrir un tilleul (ou au moins une espèce autochtone), mais chose surprenante c’est bien à un Thuya géant que nous avons affaire.

De fastidieuses recherches ne m’ont malheureusement pas permis d’apprendre grand-chose à son sujet, mais le peu que j’en sais permet toutefois d’expliquer cette curiosité:

Initialement ce tout petit parc situé au pied de l’église n’était autre que le cimetière, les tombes ayant été déplacées depuis fort longtemps. Je n’ai pas trouvé de date à ce sujet, mais cela remonte en tout cas à plus de 80 ans, car sur la photo aérienne de 1936(9) on ne distingue aucune pierre tombale.
L’arbre aurait été planté sur la tombe d’une personne décédée en décembre 1909 (en plein hiver, par conséquent une plantation probablement ultérieure, à partir de 1910) et serait alors âgé de plus de 106 ans.
Le Thuya était déjà bien visible sur le cliché de 1936. 1909 est donc une date plausible car une vingtaine d’années sont bien suffisantes pour qu’un thuya non taillé développe un houppier volumineux, mais cela n’est pas un indice si concluant: la plantation aurait tout aussi bien pu être antérieure à 1909 et concerner un autre défunt.

La présence de cet arbre en ce lieu est en tout cas postérieure à l’introduction de l’espèce en Europe en 1853(6).
Il est peu probable qu’un petit village haut-savoyard ait eu dès cette date le privilège de voir planté dans son cimetière une espèce exotique tout juste importée, mais en tous les cas cela nous donne une limite maximale indépassable.

Donc un âge probablement supérieur à 107 et inférieur à 163 ans…

Le thuya a tendance à marcotter, c’est-à-dire que ses branches pendantes, en touchant le sol, se ré-enracinent, devenant avec le temps des pieds indépendants formant parfois une sorte de petite forêt. Le plus connu des thuyas à marcottes est celui de Vitré(10). Moins impressionnant, mais tout aussi intéressant, celui d’Amphion qui a l’avantage d’être haut-savoyard (voir cette image)…
Le Thuya de Peillonnex présente lui une forme bien différente, due, probablement, à un entretien régulier visant à pouvoir circuler autour de l’arbre (au-dessous de 2 mètres aucune branche ne vient troubler nos déambulations méditatives), la base est alors bien visible.
Et quelle base impressionnante!

Outre l’aspect esthétique de ce bel arbre, isolé face au prieuré, ce sont bien les dimensions colossales de son tronc qui marquent l’esprit:

~7,70 m(11) de circonférence! Presque 2m50 de diamètre!

Ce tour de taille hors du commun en fait un des plus gros thuyas d’Europe, probablement le plus gros de France.(12)

Cependant, précisons une chose: il ne s’agit pas d’un tronc unique, en un bloc, mais d’un faisceau de troncs jaillissants d’une base énorme.

Son aspect évoque une sorte de cépée: l’arbre taillé dans sa jeunesse émettant de multiples tiges finissant par former un faisceau plus ou moins dense.  Toutefois, les axes relativement verticaux de ces troncs suggèrent une autre hypothèse:

Il pourrait s’agir de plusieurs arbres, initialement plantés autour d’une pierre tombale. En grossissant ceux-ci se seraient touchés, puis soudés, offrant aujourd’hui l’aspect d’un arbre unique. Hypothèse qui permettrait en outre d’expliquer un diamètre record en à peine plus d’un siècle.

Cela ne le rend pas moins intéressant, bien au contraire: que ce Thuya soit devenu le gardien d’une sépulture, protégeant son occupant de ses racines, alors même que le cimetière a été déplacé depuis bien longtemps, oublié de tous, est une chose assez belle je trouve.

La foudre lui est tombée dessus en 2009. Lors de mon premier passage en 2014 je ne l’avais même pas remarqué (on distingue à peine le chemin qu’a emprunté l‘arc électrique le long du tronc, voir cette image) ; en revanche j’avais constaté ce qui semblait être une descente de cime(13). La foudre en serait-elle la cause?
À moins que l’arbre n’ai pas supporté l’aridité de certains étés passés ; l’espèce, native d’une zone à forte forte humidité supportant mal la sècheresse…

À noter que l’arbre a servi, durant de nombreux hivers, de dortoir à hiboux moyen-ducs. Ce qui, semble-t-il, n’est plus le cas aujourd’hui.(14)

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 07.973′ E6° 22.727′
Accès: Très facile. Possibilité de se garer à 200m du prieuré (à côté d’un gros marronnier).
Pour info Peillonnex est situé à 24 km de Genève, 48 km d’Annecy et à 166 km de Lyon.

notes:
1) Difficile de visualiser autre chose me direz vous, il y en a partout (peut-être même dans votre propre jardin?). En effet le thuya reste encore, malheureusement, la star des haies. Je dis « malheureusement » car il s’agit d’une aberration! L’espèce pousse vite, supporte bien la taille, devient rapidement occultante, idéal pour s’isoler du  voisinage, mais il s’agit bel et bien d’un arbre. Imaginez planter une haie de chênes, avec un arbre tous les 50cm. Ridicule! Pourtant c’est bien ce que l’on continue à faire avec le Thuya.
2) Côte ouest des États-Unis et du Canada. Voir cette carte.
3) Actuellement le plus haut serait un Thuya Canadien (Cheewhat Lake) avec 59,15 m.
4) Record détenu semble-t-il par un Thuya Américain avec 19,3 m de circonférence (Olympic national park).
5) À ma connaissance le plus vieil arbre daté avec précision aurait 1460 ans (E.U, Olympic National Forest).
6) Introduit par William Lobb en 1853 en Grande-Bretagne.
7) Arrêté du 22 octobre 1971. Voir ici.
8) Plus d’infos, voir ici.
9) Source photos IGN – voir ce comparatif.
10) Vitré en Ille-et-Vilaine, voir ici.
11) Mesuré au plus étroit en juillet 2015. Précédente mesure en 2014: 7,68 m.
12) Le plus gros serait un Thuya Italien (Villa Palagio, Barberino di Mugellovoir ici) avec 8,43 m de circonférence. Ensuite on trouve un arbre Britannique mesurant 7,81 m de tour (voir ici). Notre Thuya arriverait en 3è position…
13) Suite à un stress (foudre, sécheresse, mise en lumière brutale, attaque parasitaire) un arbre peut alors choisir, pourrait-on dire, de sacrifier la cime qui se met alors à sécher. Cela n’affecte pas obligatoirement la survie à long terme… J’ai observé ça sur des chênes et d’autres feuillus, mais je ne sais pas si ce phénomène est possible chez les conifères.
14) Source: A. Guibentif

Merci à André Pellet et Georges Tardy pour les informations transmises et qui m’ont permis d’affiner l’historique des lieux.
Si vous disposez d’infos complémentaires où d’anciennes photographies n’hésitez pas…

la Châtaigneraie de la Chavanne

 La châtaigneraie de la Chavanne(1), au nord-est de la commune d’Allinges, est un bel ensemble de 17 châtaigniers d’âges et d’aspects fort différents. Ces arbres, bien qu’imposants, n’atteignent pas des records pour l’espèce(2) ; les forts diamètres étant relativement fréquents. Toutefois, pour deux d’entre eux, largement amputés de leur masse initiale, le critère de circonférence n’est pas forcément pertinent, mais j’y reviendrai.

De tout le Chablais cette petite châtaigneraie est certainement l’ensemble arboré le plus chargé d’histoire/légendes.
Bien que certainement fort âgés les châtaigniers actuels sont bien moins vieux que la châtaigneraie elle-même qui aurait vu se succéder plusieurs générations de vénérables ligneux. Selon Van Gennep (ethnologue et folkloriste 1873-1957) ce lieu serait sacré depuis le moyen-âge, voire le haut moyen-âge (476 à 1000 après jc).

La châtaigneraie serait alors, selon lui, plus que millénaire!

La Chavanne est surtout connue pour deux légendes liées à deux célèbrités locales:

En 1391, Amédée VII, dit le « comte rouge » (héritier d’une dynastie qui régnait sur la région depuis déjà presque 400 ans) aurait été mortellement blessé en ce lieu par un monstrueux sanglier, incarnation du mal, qui répandait la terreur dans la contrée.
Une autre version affirme qu’il s’y serait effondré, mais aurait été blessé ailleurs dans la forêt. Certains auteurs n’évoquent même pas l’endroit. Cette légende possède, au final, presque autant de variantes qu’il y a d’auteurs pour la conter. Je n’en ai, de plus, pas trouvé de référence avant le XIX siècle : la forêt est la même, Amédée se blesse en chassant, mais pas de mention du sanglier maléfique ni du Châtaignier. Peut-être cette légende n’a-t-elle été répandue que pour cacher un assassinat par empoisonnement, où pour enjoliver un accident de chasse par trop banal? Quoi qu’il en soit l’anecdote n’en est pas moins intéressante :

« le coursier d’Amédée, que repoussait la terreur, allait, lancé comme la foudre, se heurter contre la racine d’un arbre, jetant à la renverse son cavalier, qui, malgré la blessure qu’il s’était faite à la jambe, s’élança d’un bond à cheval. Alors ce fut une course ardente, furieuse, folle à travers les halliers, les ronces, les rochers. La nuit était venue,c’était une nuit sans étoiles; les forêts, déversant leur ombre sur la plaine, augmentaient encore l’obscurité; l’orage grondait et l’on entendait se mêler au bruit sourd du tonnerre le son du cor rappelant les chasseurs. Le cheval allait toujours, le vent faisait gémir les grands arbres, et l’oiseau des nuits jetait, à travers ces bruits lugubres, sa plainte, au funèbre présage. Le coursier emportait avec la rapidité de l’éclair le vaillant comte Rouge ; les bois, les vallons, les plaines disparaissaient derrière eux; le vertige avait saisi l’homme et sa monture.
Ils s’arrêtèrent enfin au pied d’un arbre immense. Cet arbre était le châtaignier de la Chavanne. » (Raoul Bravard – 1862)

Environ 200 ans plus tard un autre personnage célèbre marque de son empreinte l’histoire du lieu. François de Sales (devenu Saint François de Sales après sa canonisation) célèbre théologien, prêtre puis évêque de Genève, est surtout connu pour son évangélisation du Chablais qui était alors calviniste.
En décembre 1594 François de Sales se serait réfugié en ce lieu, grimpant dans un colossal châtaignier pour échapper aux loups :

« Entre tous ces arbres, représentants d’un âge reculé, il en est un qui mérite et obtient de la piété des fidèles une sorte de culte, c’est le châtaignier colossal (…) Surpris, dans une de ses courses apostoliques, par les ténèbres et les bêtes fauves, saint François de Sales a passé la nuit glaciale du 12 décembre 1594, couché sur l’une des branches du colosse». L’auteur de ces lignes écrites en 1895, Eugène Gossin, précise même « On pourrait se demander comment le saint a pu s’élever jusqu’à la branche qui lui a servi de lit, suspendu au-dessus des loups, pendant la terrible nuit du 12 décembre. Un seul coup d’oeil jeté sur le géant de la Chavanne donne la réponse. Pour faire son ascension, le saint a trouvé, dans l’inclinaison d’une partie de l’arbre et dans des nodosités dont il est couvert, des facilités presque semblables à celles qu’une échelle lui aurait offerte. ».

Ce fameux châtaignier commun aux deux légendes mesurait, à croire ce qui a été écrit à son sujet, 15 m de circonférence à la fin du XIXè. Colossal n’est donc pas un vain mot le concernant.

Joseph Dessaix a dit de lui en 1865 « Il trône, dans une prairie, au milieu d’autres arbres de la même espèce, qui ne le lui cèdent ni en beauté ni en puissance de végétation. C’est le roi des châtaigniers dans une forêt de géants».

Cet arbre n’existe plus aujourd’hui, où du moins devrais-je dire : nulle trace de l’arbre tel que décrit précédemment.

Mais a-t-il pour autant disparu, comme on me l’affirme souvent ?…

Le plus imposant des châtaigniers actuels se situe en limite nord du groupe (en A sur le plan), le long de l’unique route qui longe la châtaigneraie. Cet arbre penché n’est pas tant remarquable par les dimensions de son tronc, respectables mais non exceptionnelles, que par la masse ligneuse de laquelle il émerge. Cette masse n’est autre que la base d’un châtaignier jadis bien plus gros. Vu l’aspect actuel de l’ensemble il est possible de supposer qu’initialement cet arbre se divisait, vers 2m de haut, en trois troncs, dont un seul subsiste aujourd’hui.
Suite à l’effondrement du plus gros de la structure et pour éviter que le dernier tronc ne s’écroule à son tour l’énorme base a été bétonnée en 1973(3) par des bénévoles du quartier.

La juxtaposition d’un ancien cliché du châtaignier(4) légendaire d’avec la photo de cet arbre est… troublante :

Pourrait-il s’agir même arbre ?

Au delà de cette ressemblance frappante, les dimensions correspondraient-elles ?

De nombreux textes affirment que le Châtaignier légendaire mesurait 15 m de tour, voire davantage. L’indicateur de la Savoie (1905) est le seul, à ma connaissance, à rapporter une circonférence moindre, puisqu’il y est annoncé 14 m.
La présence, sur ce vieux cliché, d’un personnage posant au pied du mastodonte nous permet de tenter une estimation de circonférence: disons entre 9 et 11 m à hauteur de poitrine et 13 à 15 m au niveau du sol.
En admettant que les anciennes mesures aient été prises à la base, et peut-être même un peu exagérées histoire de gonfler les mensurations du vieux ligneux (ce qui n’est pas si rare) cela pourrait correspondre ; notre Châtaignier bétonné mesurant actuellement ~15,5 m au niveau du sol.

Ressemblance frappante, dimensions similaires, mais quid de la localisation ?

   Sur la photographie ci-contre ( Mémoires & documents de l’académie Chablaisienne – 1905) on peut voir un fiacre et un cheval, ainsi qu’une vague ligne blanche derrière l’arbre ; ligne qui pourrait fort bien être un chemin.

Il n’existe qu’une seule route longeant la Châtaigneraie ; et son tracé est inchangé depuis 1872(5).
A moins que nous ayons affaire à un fiacre tout terrain notre illustre ligneux se situait donc bien en limite nord, le long du chemin.

Et l’arbre bétonné se trouve lui aussi en bord de route! Nul autre prétendant le long de celle-ci.

Le châtaignier légendaire serait alors toujours vivant!

Dans ce cas celui-ci pourrait être bien plus âgé qu’il n’y paraît: 400 à 600 ans dirais-je ; 700 au grand maximum(6). Pour que François de Sales ait pu se réfugier dans un colossal châtaignier il y a plus de 400 ans l’estimation haute parait même tout à fait crédible.

La première légende est à retenir davantage pour son intérêt folklorique que pour son authenticité. Sans parler du démoniaque sanglier notons qu’à la mort d’Amédée VII en 1391 ce châtaignier n’aurait pas même été centenaire (en retenant l’hypothèse haute pour l’âge); un petit châtaignier ne dépassant probablement pas les 3,50/4 m de tour. Pas de quoi alimenter un récit fantastique (À moins qu’il ne s’agisse d’un autre arbre aujourd’hui disparu cette légende a donc été brodée bien plus tard, une fois le châtaignier devenu célèbre).

Intéressons-nous aux autres arbres de cette châtaigneraie.

En limite Sud-Est du groupe une grosse masse ligneuse (Q) aux contours confus nous force, elle aussi, à nous questionner sur la notion d’individu quand il s’agit d’arbre très âgé.

Les châtaigniers qui poussent sur ce tas de bois ne sont pas bien gros et semblent donc fort jeunes pour l’observateur distrait. Pourtant, il est évident que ce monticule ligneux de forme circulaire n’est autre que la base d’un énorme châtaignier dont la structure principale a disparu ; et les jeunes châtaigniers en périphéries sont des rejets de ce même arbre. Ainsi, bien qu’amputé de quasiment toute sa masse initiale, cet ancien colosse est toujours vivant. Il n’y a en effet eu aucune discontinuité de vie, si je puis dire, et les rejets bien que physiologiquement jeunes appartiennent à un organisme certainement aussi vieux que le premier châtaignier évoqué.
Cet amas ligneux présentant une circonférence de ~12 m, je pense qu’une fourchette de 300 à 600 ans paraît crédible(7).

Hormis ces deux arbres les châtaigniers de la Chavanne semblent se diviser en deux sous-ensembles d’âges différents. Les arbres de moins de 4m de tour, principalement à l’ouest, pourraient être âgés de 200 ans au maximum. Les autres, au-delà de 4,78 m de circonférence pourraient eux être âgés de 150 à 250 ans(8).

La configuration du lieu n’a guère changé depuis 1934(9). Autour de la châtaigneraie les champs agricoles se sont transformés en zones résidentielles, mais à la limite sud de la châtaigneraie subsiste encore un petit rectangle non-construit, mais pour encore combien de temps ?
Au début du siècle dernier le bois de Lonnaz était plus étendu (voir cette image), aujourd’hui il est littéralement coupé en deux par le hameau des Bougeries (début des travaux en 1968). Au temps d’Amédée VII et de François de Sales cette forêt devait être considérablement plus étendue…

Un grand merci à ceux qui m’ont permis d’approfondir ma connaissance du lieu et de progresser dans mon enquête(10). Enquête qui n’est d’ailleurs pas terminée. N’hésitez pas à me contacter si vous disposez d’informations complémentaires ou de photos d’avant 2000.

Pour voir la Photosphère réalisée à la Chavanne cliquez ici.

Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 20.765′ E6° 29.039′
Accès: Facile. En plein coeur du Hameau de la Chavanne à Allinges, aux portes de Thonon-les-Bains.

Chaque année se déroule en ce lieu la « Fête de l’arbre ».

Notes:
1) La châtaigneraie a reçu le label Arbre Remarquable de France en juillet 2007.
2) Hormis les deux gros châtaigniers (A et Q sur le plan) ayant perdus une grande partie de leur masse initiale les arbres de la Chavanne ne dépassent pas 5,76 m de circonférence. J’ai répertorié, rien que pour le Chablais, 14 arbres égalant ou dépassant cette mesure. Avec un record de 9,95 m pour le Châtaignier de Troubois. Les records Français avoisinent les 14 m.
3) date inscrite dans le béton (voir cette image). À noter que 1973 est, semble-t-il, l’année d’acquisition du terrain par la commune. L’effondrement de l’arbre serait bien antérieur à 1973 d’après François Deville.
4) Carte postale ancienne: collection Laurent Berman.
5) cf cadastre de 1872 (voir ici).
6) Estimations personnelles d’après comparaison avec de nombreux châtaigniers d’âges connus où estimés.
7) une de ses branches tombée au sol affiche plus de 200 cernes pour à peine 2,30 m de tour.
8) Sur une branche tombée au sol de l’un d’eux je compte environ 200 cernes.
9) Date du plus ancien cliché aérien disponible sur le géoportail. Voir cette chronologie.
10) En particulier Joseph Ticon (Académie Chablaisienne). Merci aussi à: J.C.Lazareth, Renaud Baur, François Deville, Laurent Berman, JY Tinjoud.

le fabuleux Fayard du Plan du Salève

Si dans la plupart de nos forêts le Hêtre se rencontre sous la forme de beaux arbres élancés au tronc bien droit (donnant aux hêtraies l’aspect de cathédrales végétales), voire parfois sous l’aspect de cépées aux denses rejets, il arrive que des individus plus âgés, isolés, où poussant dans des conditions difficiles, prennent des formes bien différentes: port étalé, tronc court et irrégulier, branches sinueuses, etc. Quelques-uns atteignent des dimensions hors du commun, ce qui, je trouve, n’est pas si fréquent (que dis-je, carrément rare), alors que l’espèce représente tout de même 17% des forêts du département(1).

Le massif du Salève(2), dominant le bassin Genevois, est devenu pour moi, depuis que je le parcours, le Paradis du fayard(3). Il y est en effet bien plus facile qu’ailleurs de rencontrer des hêtres sortant de l’ordinaire. Qu’ils soient plus gros, plus vieux, plus beaux, plus étranges que les autres, on trouve ici de tout. Malgré cette relative abondance il est des individus qui vous marquent davantage.

C’est le cas d’un arbre découvert au Plan du Salève, entre les communes de Vovray-en-Bornes et Présilly.

Ce vieux ligneux m’a subjugué par son étrange beauté: formes tortueuses, aspect usé, marqué par le temps, mais néanmoins empreint d’une certaine noblesse.
L’apparence rocheuse de l’écorce du hêtre (grise, lisse, couverte de lichens et de mousses) est ici confondante et confère à cet arbre défeuillé l’aspect d’une énigmatique sculpture minérale…

Un hêtre vraiment fabuleux…

Si ce n’était son emplacement au sommet(4) d’un massif haut-savoyard on le croirait volontiers sorti d’une légende Celtique.

Le vénérable fayard bien que totalement creux (jusqu’au coeur de certaines branches) semble encore vigoureux: son houppier est dense, pas de trace de champignons lignivores, et les bourrelets cicatriciels entourant la cavité centrale (évoquant par endroits  de la cire fondue) sont fort épais, ce qui dénote une certaine vitalité.

Question mensurations, il affiche une circonférence de 4,98 m(5).
(je n’ai pas mesuré la hauteur, mais il n’est pas très élevé)

Je consulte régulièrement les anciens cadastres dans l’espoir d’en apprendre davantage sur l’histoire d’un lieu. Je ne m’attends toutefois pas à y trouver des arbres, ceux-ci étant très rarement représentés. Pourtant, à ma grande surprise, j’ai découvert que ce hêtre servait à marquer la limite entre les communes de Vovray-en-Bornes et Présilly, et ce sur un plan cadastral de 1871 !(6)


Pour y figurer cet arbre devait être déjà imposant il y a 144 ans ; il est donc fort probable qu’il soit âgé de plus de 200 ans.

Le hêtre serait une essence peu longévive(7). Comparé à ses congénères notre fabuleux fayard fait donc figure d’ancêtre…

Pour parfaire le tableau, à quelques mètres de là, se trouve un ensemble de Hêtres d’aspect très graphique.


Assis sur une accueillante racine de ces vénérables ligneux il vous sera possible d’admirer le vaste panorama qui s’offre à vous, couvrant les Alpes du Nord jusqu’au mont-Blanc…

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 04.521′ E6° 07.342′
Accès: Facile. De Monnetier-Mornex, la Muraz, Archamps ou Cruseilles rejoindre la route qui parcourt le sommet du Salève dans sa longueur. Rejoindre le parking du Plan du Salève (au sud du massif). Prendre à pied, sur ~500 m, le chemin menant au chalet du plan. L’arbre se trouve en lisière à 200 m de Là. À noter que la route du sommet est fermée en hiver.
Si vous visitez cet arbre ne loupez surtout pas le superbe Saule Kraken près du parking. Non loin de là vous pourrez aussi contempler deux merveilles: le Tilleul des Convers et l’Érable de la Thuile

Notes:
1) Source DDT74/RGD, voir ici.
2) Je reparlerai certainement plus en détail de cette montagne dans un futur article.
3) « Fayard » est un terme dérivé du latin Fagus ; le nom scientifique du hêtre étant Fagus sylvatica. J’ai remarqué  que de nombreuses personnes restaient interloquées quand je leur parlais de hêtre, alors qu’elle voyaient parfaitement ce qu’était un fayard. De nombreux noms de lieux sont des dérivés de fayard, par exemple en Haute-Savoie: Le Fayet, Les Faix, Les Faux, Les Fauges, Le Fay, Le Feu, Le Fieu, etc.
4) À 1317 m d’altitude.
5) Environ (tronc inégal), mesuré au plus étroit (au 4/11/15).
6) Image réalisée en superposant le cadastre avec l’image satellite actuelle – sources: archives CG74 et IGN.
7) Bien que pouvant atteindre 300 ans l’espèce ne dépasse généralement pas les 200 ans. En France les plus vieux hêtres, âgés de plus de 400 ans (record à 478 ans?), sont pyrénéens (voir ce doc). Les records absolus de longévité sont, semble-t-il, à chercher côté italien (Valle Cervara, Coppo del Morto) avec des arbres franchissant la barre des 500 ans (voir ce lien)! le plus vieux serait âgé de 560 ans (mais je n’ai rien trouvé à son sujet).

les Érables champêtres du Sauget

Ces dernières années, et jusqu’à très récemment, je n’avais pu découvrir d’érable champêtre franchissant 2,25 m de circonférence. Je savais pourtant que l’espèce pouvait dépasser les 3 mètres, voire exceptionnellement 4 m(1), alors je ne perdais pas espoir de dénicher, un jour ou l’autre, un gros érable haut-savoyard.
Fin septembre je rencontrais mon premier Acer campestre nettement remarquable ; et avec une avance confortable: affichant 2,76 m de circonférence il dépassait de 51 cm mon précédent record (voir cet article). Je ne pensais pas en découvrir de comparables de sitôt…

Ce record aura finalement tenu à peine plus de 2 mois.

(C’est ça qui est chouette avec la prospection sur le terrain: J’ai beau planifier au millimètre près mes expéditions il y aura toujours de l’inattendu)

Début décembre je me rendais au pieds des Voirons, sur la commune de Machilly, pour visiter des sapins que l’on m’avait signalé.
Je n’ai pas trouvé ces arbres, mais ma visite me réservait une surprise.

Une triple surprise devrais-je dire, se présentant sous la forme d’un ensemble de trois érables champêtres situés aux abords de la ferme du Sauget(2), plus exactement au départ du chemin rural de la vacherie en amont de la bâtisse (deux d’entre eux poussent côte à côte, le dernier se trouve un peu plus haut, de l’autre côté du chemin).

Le principal critère de remarquabilité à retenir ici est, vous l’aurez deviné à mon introduction, celui des dimensions, du moins en ce qui concerne les deux plus imposants du trio qui, du point de vue de leurs circonférences, se rangent à la première et deuxième place du classement des plus gros érables champêtres du département!(3)

Le premier affiche 3,16 m  de tour, soit 1 mètre de diamètre! Vraiment très impressionnant pour de  l’Acer campestre.
Sa hauteur, environ 17 m, bien que supérieure à la moyenne, n’est pas pour autant exceptionnelle(4) (les deux autres érables présentent des hauteurs moindres).

Un renfoncement du tronc, orienté verticalement et souligné par une ligne de mousses, confère à cet arbre un aspect d’énorme fermeture-éclair ligneuse.
Pourrait-il s’agir de deux arbres (où de deux tiges du même arbre) soudés?
Difficile à dire. Possible, mais dans ce cas pourquoi les deux troncs seraient-ils restés bien parallèles avant de se séparer brusquement vers 2 mètres de haut?

La présence de champignons lignivores(5) au niveau de la fourche (voir cette image) nous permettrait-elle d’envisager d’autres hypothèses:
S’agirait-il de bourrelets ligneux visant à circonscrire la partie touchée?(6)
Ou alors la sève, n’irriguant plus les parties attaquées emprunterait-elle de nouveaux chemins prioritaires de part et d’autre de de cet axe central, formant avec le temps ces excroissances donnant une impression de séparation du tronc?

N’étant pas spécialiste en physiologie végétale je ne peux qu’émettre des suppositions.
(avis bienvenus)

Quoi qu’il en soit l’aspect général est bien celui d’un arbre unique.

Le deuxième érable ne franchit pas la barre des 3 m mais reste saisissant avec ses 2,82 m de circonférence(7).

Légèrement penché côté chemin cet érable présente une structure un peu similaire au précédent: l’aspect fermeture-éclair, certes moins prononcé, est tout de même bien visible (même remarque que précédemment. Mais là, en revanche, pas de champignons).

Le plus modeste des trois arbres, quant à lui, se distingue davantage par la beauté de son tronc sinueux que par sa taille. Il affiche tout de même une très honorable circonférence de 2,18 m.

Les dimensions des deux plus gros érables suggèrent des âges assez élevés, du moins pour l’espèce Acer campestre qui dépasserait rarement 150 ans(8). Toutefois ces arbres vigoureux ne présentent pas des physionomies de vieillards et sont peut-être moins âgés qu’on ne l’imagine (peut-être un indice en faveur de l’hypothèse des troncs soudés?). Difficile donc de leur donner un âge, mais en tout cas ces arbres ont vraisemblablement dépassé le siècle d’existence(9).

Leur état sanitaire semble correct. On note un peu de bois sec, la présence de gui et les stigmates de quelques branches coupées.
Ces arbres mériteraient d’être mis en valeur et débarrassés des divers objets entreposés à leurs pieds, non seulement dans un but esthétique, mais aussi parce que certains éléments, comme de gros blocs de pierres, pourraient par leur  manipulation engendrer des blessures.

La consultation des plus anciennes photographies aériennes (1935) ainsi que des cadastres de 1901 et 1934(10) ne nous apprend pas grand-chose sur ces arbres, si ce n’est que le lieu n’a quasiment pas changé en un siècle et que ces érables n’étaient pas utilisés comme limites de parcelles (« pied cornier »).

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: N46°14.592′ E6°20.781′
Accès: Assez facile. Depuis Bons-en-Chablais où Langin rejoindre le hameau des Granges, puis continuer sur la route du Sauget. Après ~800m, possibilité de se garer sur la droite. Marcher sur environ 1 km pour rejoindre la ferme du Sauget.

Notes:
1) Je n’ai connaissance que d’une poignée d’individus, dans toute l’Europe, franchissant la barre symbolique des 5 mètres.
2) Ferme non-habitée. Sert visiblement à stocker du matériel agricole et du foin.
3) En l’état actuel de mes investigations. Restons prudents, il est toujours possible de trouver plus gros ; mais au delà de 3 m de tour je pense qu’il est peu probable de découvrir de nombreux challengers.
4) L’espèce dépassant rarement les 15 m (cf « Larousse des arbres » Jacques Brosse / « Flora Helvetica » / « livre des Arbres, Arbustes & Arbrisseaux » Pierre Lieutaghi).
5) Du moins je suppose qu’il s’agit de champignons lignivores, c’est à dire qui se nourrissent « de bois humide, en causant sa décomposition ». Cet endroit, au départ des deux grosses branches, est une zone d’écoulement évidente. Mais n’étant pas spécialiste des champignons je ne saurais être catégorique.
6) Les arbres en effet ne cicatrisent pas comme les animaux: ils ne reconstituent pas les tissus lésés où morts mais les recouvrent d’un bourrelet cicatriciel visant à les isoler du milieu extérieur.
7) Mesuré au plus étroit.
8) « Larousse des arbres » Jacques Brosse. Certains arbres peuvent aller jusqu’à 200 ans, très exceptionnellement plus. Un érable Polonais serait âgé de 335 ans.
9) houppiers déjà bien visibles sur un cliché aérien de 1935. Voir lien ci-dessous.
10) voir ce comparatif.

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