du côté de Samoëns

Ce week-end je me suis rendu aux 5è journées botaniques de Samoëns.
Je comptais en profiter pour prendre quelques clichés du tilleul de Sixt (à quelques kilomètres de là) et surtout du « gros tilleul » de Samoëns(photo) (un arbre âgé, selon les sources, de 575 à 653 ans!). Mais la journée était mal choisie pour une séance photos: trop de gens, trop de voitures. Quant au tilleul de Sixt: impossible à approcher pour cause de travaux dans le bâtiment contigu…

J’ai cependant découvert deux arbres remarquables sur le trajet Thonon-Samoëns:
Un très beau chêne à st-Jeoire (4,58 m de circ) et un châtaignier massif du côté d’Armoy. Je n’ai pas pu mesurer ce dernier (terrain privé, barbelés) mais je pense qu’il doit faire entre 7,50 et 8 mètres de circonférence!

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prospection

J’ai toujours été fasciné par les arbres mais ma passion pour les arbres dits « remarquables » a débuté en 2007 à la découverte de châtaigniers multi-centenaires (photo) à seulement deux kilomètres de chez moi! Difficile de décrire l’émotion qu’a pu susciter cette première rencontre. Disons, pour faire simple, qu’au plaisir que me procure habituellement la compagnie du végétal s’ajoutait alors l’émoi que provoque parfois la vue de très anciens édifices: vous savez, ce vertige qui vous gagne à l’idée que ce que vous contemplez avait sans doute sensiblement la même apparence quand vos arrière-arrière-arrière grands-parents n’étaient que des bambins ; et sera encore là, impassible, des générations après que votre tombe soit recouverte de mousse. La beauté + le sentiment d’infini face à la finitude humaine… On n’est pas loin de la commotion là…

Hé ho c’est mon blog hein, j’ai quand même droit à quelques envolées mystiques. Bon, laissez-moi le temps de garer mon nuage et je suis à vous…

Suite à cette première découverte j’ai cherché d’autres « vénérables » de ma région. Pas difficile de trouver les stars locales, c’est ainsi que j’ai pu rencontrer le Tilleul de Féternes (photo) et le Châtaignier de Troubois (photo) , des arbres encore plus impressionnants que les précédents. Ça y est, j’étais contaminé pour de bon!
Mais très vite plus rien. « Quoi, il n’y a qu’une poignée de remarquables dans le Chablais? » me disais-je alors (oui parce que quand on aime les arbres on finit forcément par parler tout seul à voix haute)...
Le démenti n’allait pas tarder et la solution se trouvait, pour le coup,  juste sous mes yeux! Celle-ci prit l’apparence d’un magnifique châtaignier de 7,42 m de circonférence (photo) (vision fabuleuse, quelque part entre Caspar David Friedrich et Sleepy Hollow!) à seulement 50 m d’une route pourtant parcourue des centaines de fois. Un arbre parfaitement remarquable et pourtant répertorié nulle part!
Alors j’ai compris (oui je suis un peu lent des fois, c’est mon côté végétal) que les infos glanées auparavant étaient simplement incomplètes, les inventaires tout sauf exhaustifs, et que des merveilles se cachaient certainement juste sous mon nez!

Depuis je réapprends à « regarder » avec attention mon environnement. Exercice intéressant qui m’a permis de redécouvrir le paysage local. Puis j’ai méthodiquement entrepris de contacter les mairies du coin (ho trois fois rien. Un peu plus de 80 pour vous donner une idée), sans grand succès pour l’instant (Je tiens à remercier, s’ils venaient à passer par ici, ceux qui ont eu la gentillesse de me répondre)…

Afin d’établir un inventaire des arbres remarquables Chablaisiens (tiers nord-est de la haute-Savoie) j’ai créé pour me simplifier la tâche (et aussi histoire que tout le monde en profite) une carte interactive sur laquelle je compile mes observations/trouvailles ; je mettrai celle-ci en ligne quand j’aurai (un peu) rempli le grand vide central, sorte de triangle des Bermudes local.

Dans l’idéal j’aimerais pouvoir obtenir des informations sur un maximum d’arbres et créer pour chacun une fiche d’identité (âge, circonférence, histoire locale, galerie photo, vieilles photographies, etc) mais c’est un travail de fourmi alors ne vous attendez pas à un mémoire dans l’année.

Mais j’ai tout mon temps…

plantations – rédaction d’une fiche

Avant chaque plantation (voir article du 8 avril) je note sur une feuille que j’emporte au jardin quelques infos me permettant d’installer au mieux ma plante (exposition, humidité, ph, rusticité, etc). Pour cela je m’aide de ma bible botanique: Flora Helvetica. J’y glane les données qui m’intéressent, les décrypte et les écris alors en clair sur ma fiche de plantation.

                        « Un exemple! Un exemple! »

Ok, ok, prenons un exemple.
Je dégaine mon pavé, page 492, Saxifrage à feuilles rondes:
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Voyons quelles informations utiles je peux y trouver.
Décryptage:

-Tout d’abord la taille : 20 à 50 cm > Donnée me permettant de choisir où planter ma saxifrage en fonction de la hauteur de ses futures voisines (les plus grandes en fond de massif et les plus basses au premier plan).

Passons la description botanique…

Ensuite:
en A) Les chiffres correspondent aux mois de Floraison. « 6-9 » = juin à septembre. Donc contrairement aux fleurs printanières qui flétrissent parfois l’été venu je pourrai profiter de ma saxifrage toute la belle saison : autant l’installer en bord de chemin (…) Suit une description sur le milieu où elle pousse « endroits humides et ombragés, mégaphorbiées » ce qui me donne déjà une idée quant au lieu d’implantation (une « mégaphorbiaie » étant une zone de transition temporelle entre le milieu humide et la forêt) (…) Puis des informations sur l’altitude et la répartition (en Suisse).

en B) Première ligne > origine. « Eur. centr. et mérid. » signifie, vous l’aurez deviné, Europe centrale et méridionale. J’ai donc affaire à une espèce assez répandue et autochtone.
Deuxième ligne > pleins d’infos cruciales en langage codé pour le suspense… Et aussi parce que ça prend moins de place.
Première lettre = « groupe écologique ». Ici « F » pour forestier. Puis une série de six chiffres, échelonnés  de 1 à 5 en fonction de l’intensité du facteur en question. Pour notre saxifrage:
Humidité :          4 – « plantes des sols humides ».
PH :                  3 – « plantes des sols peu acides (ph 4,5-7,5) ».
Richesse du sol : 4 – « plantes des sols riches en substances nutritives ».
Lumière :           2 – « plantes des endroits ombragés ».
Température :  2 – « plantes des montagnes et des régions boréales, typique de l’étage subalpin ».
Continentalité :   2 « plantes des régions à climat subatlantique, ne supportant ni gel tardif ni grands écarts de température ».
Et une dernière lettre pour connaitre le « type biologique » (vivace, annuelle, ligneuse, etc).

en C) Carte de répartition sur le territoire suisse. Vu que mon jardin se situe en Haute-Savoie au bord du Léman (petit point rouge) je peux en déduire qu’elle est largement présente dans mon secteur.

Enfin en D) Ma petite fiche avec les infos qui m’intéressent.

Grâce aux données trouvées dans ma bible, décryptées et consignées en langage clair, j’ai pu installer au mieux ma saxifrage à feuilles rondes: Je l’ai donc plantée dans la zone humide (enfin disons la plus humide du jardin), en terre riche, à mi-ombre (au nord de la maison) et le long du chemin pour pouvoir profiter de sa discrète mais magnifique floraison…

J’ai découvert cette plante en 2010 en me promenant au lac des Plagnes (voir ici) et suis tombé en admiration devant cette fleur aux motifs d’une élégance incroyable (photo) . Et bien la voila dans mon jardin.
Décidément, après l’amélanchier c’est la semaine du collector!

arbre du jour

– Orme de Sciez –

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Une très belle découverte ce matin:  un vieil Orme  (environ 26 m pour 4,38 m de circonférence).
Apparemment les vieux individus sont devenus rares : décimés par une maladie fongique (la graphiose) qui sévit depuis presque un siècle.
J’en reparlerai dès que j’aurai plus d’infos sur cet arbre…