l’Orme en orgue de Novel

Une de mes techniques de prospection consiste à superposer d’anciennes photographies aériennes (disponibles sur le site de l’IGN) avec des images satellites actuelles et de jouer au jeu des sept erreurs. Ces clichés remontent parfois jusqu’à 1920 ; il est alors possible d’apprendre des choses intéressantes sur un lieu donné, notamment de voir ce qui n’a pas bougé en presque un siècle et donc de pointer de potentiels vieux arbres.
Cette méthode n’est pas parfaite et demande à être affinée, le résultat sur le terrain n’étant pas toujours concluant. Parfois pourtant les découvertes sont à la hauteur de mes espérances…

Je suis retourné à Novel le mois dernier pour dénicher de nouveaux arbres têtards (sujet d’un prochain article je l’espère). Au préalable j’avais pris soin de dresser une carte de prospection avec cette méthode.
Parmi tous les arbres à visiter j’avais marqué l’un d’eux, sur mon plan, d’un repère orange pour « priorité haute ». Malgré les imperfections de cette technique la probabilité qu’il s’agisse d’un arbre remarquable n’était pas négligeable. J’étais pourtant loin d’imaginer ce que j’allais voir!

Une découverte fantastique!

Un Orme totalement atypique.

Vu en amont, depuis la route, on serait toutefois tenté de parler d’ormes au pluriel, mais la densité du groupe laisse totalement perplexe et instille le doute dans l’esprit de l’observateur.
A-t-on affaire à une unique souche couverte de rejets (ou « cépée »), ou bien à un ensemble compact de nombreux arbres soudés ?

Sans plus attendre contournons cet étrange ligneux ; car vue côté Morge(1), en aval, la perception est toute autre.

La base de l’arbre, très impressionnante (couverte de mousses, aux formes noueuses, tourmentées), semble bien être commune à l’ensemble . Le bouquet de troncs qui en émerge (ou qui jaillit devrait-on dire) est si dense, si serré, que l’aspect général, très graphique, presque musical, évoque un fabuleux orgue ligneux.

L’hypothèse de la cépée(2) semble donc plausible, même s’il est bien difficile d’y croire tant le caractère colossal de l’ensemble parait invraisemblable. Avec presque 10 mètres de circonférence(3) doit-on encore parler de cépée ? Ne faudrait-il pas inventer de nouveaux mots pour cet Orme hors-norme ?

Un arbre d’une déconcertante singularité, étrangement beau et magnétique, qui échappe à toute tentative de catégorisation.

Vu la situation et l’altitude il s’agit certainement d’un Orme de montagne (Ulmus Glabra).

Ce que semble confirmer la vue des feuilles(4). La présence de grandes cornes sur le limbe, fréquentes et spécifiques à l’espèce, aurait permis de distinguer sans difficulté l’orme de montagne, mais je n’en ai pas trouvé pour cet arbre. Toutefois il faut être prudent, les feuilles étant souvent polymorphes la détermination par ce simple critère est souvent malaisé (une forme hybride avec Ulmus minor serait-elle possible?(5)).

En 1934 (date du plus ancien cliché aérien disponible) cet arbre était isolé dans un champ et possédait un houppier déjà fort développé. Il était alors bien visible en bord de route de Novel (L’embroussaillement ne se constate qu’à partir de la photo de 1993).
Il serait bien audacieux de lui donner un âge. Un Orme centenaire ? Certainement, et peut-être bien davantage. Toutefois la longévité de l’orme de montagne serait moindre que celle des autres espèces et sa croissance plutôt rapide.

Sur cette photo de 1934 on constate une zone plus claire entre l’arbre et le chemin, comme s’il y avait eu piétinement. Serait-ce un indice de passages réguliers?
Les feuilles de l’orme de montagne étaient parfois utilisées comme fourrage(6), peut-on alors supposer que la forme si particulière de celui de Novel soit due à de (très) nombreuses tailles successives (qu’il s’agisse de la main de l’homme ou de la dent du bétail) ?…

À l’instar de l’orme champêtre et de l’orme lisse, l’orme de montagne est sensible à la graphiose. Cette maladie, induite par un champignon d’origine asiatique, a décimé les populations d’orme au siècle dernier, d’où la rareté des vieux arbres. Ulmus glabra semble toutefois moins touché. Constatation qui n’est pas à mettre sur le compte d’une résistance accrue(7), mais qui serait due à l’écologie de l’espèce : individus disséminés, présence en altitude, rendent malaisée la propagation de la maladie.
De ce point de vue la situation de cet orme au coeur du vallon encaissé de la Morge est donc un atout(8).

Ulmus glabra peut atteindre 30/35 m de haut, mais dépasserait rarement les 25 m(9). S’élevant à 30 m(10) cet arbre est donc plutôt élevé, sans toutefois atteindre des records…

Il y a longtemps que je n’ai été aussi impressionné, c’est revigorant! Un vrai coup de coeur.

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Accès: Facile. De St-Gingolph monter à Novel. L’arbre se trouve non loin de la route sur la gauche, du côté de la Morge, juste sous le village.

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Érable champêtre du Beulet

En prospection, il y a peu, du côté du Salève j’avais prévu dans mon programme de faire un crochet par la ferme du Beulet (commune d’Archamps). Sur d’anciennes cartes postales on peut y voir de grands ligneux, peut-être des marronniers, et je voulais vérifier s’ils étaient toujours vivants.

Ces arbres n’existent malheureusement plus.

Je n’ai toutefois pas été déçu du détour car à seulement 200 mètres de la ferme, non loin du chemin, une agréable surprise m’attendait.

Un bel arbre au port harmonieux,
au houppier équilibré, bien structuré, d’aspect vigoureux…

Un érable champêtre remarquable,
autant par ses dimensions que par son aspect.

Acer campestre, le plus petit de nos érables locaux, ne dépasse généralement pas 2 mètres de circonférence(1). Je n’ai inventorié qu’une poignée d’arbres au delà, avec un record à 2,25 m.
L’Érable du Beulet avec 2,76 m (mesuré au plus étroit) prend donc la tête du classement, et pas de peu !
Peut-être un record départemental, mais il serait bien téméraire de l’affirmer. En tout cas notre arbre est très certainement un des plus gros de Haute-Savoie.
(maj 8/12/15: deux nouveaux arbres découverts à Machilly relèguent notre érable à la troisième place du classement. D’où l’importance d’utiliser le conditionnel quand il s’agit de parler de records)

L’espèce, très commune, souvent buissonnante, fréquemment couverte de lierre, se retrouve volontiers en forêt, en lisière broussailleuse, en taillis, ou au coeur de haies champêtres impénétrables. Il est alors souvent malaisé, je trouve, d’en distinguer le tronc et la structure.
Cet arbre relativement isolé(2), visible d’assez loin, au pied dégagé, aux formes élégantes, au tronc bien dessiné et vierge de plantes grimpantes, est donc d’autant plus intéressant.

Avec une hauteur d’environ 16 m nous sommes en présence d’un individu plutôt élevé sans être toutefois exceptionnellement haut ; l’espèce dépassant rarement les 15 m(3).

Quoi que bien plus petit qu’aujourd’hui, cet érable reste tout de même bien visible sur un cliché aérien de 1935 et est donc âgé en tous les cas de plus de 80 ans, certainement entre 90 et 150 ans(4).

L’arbre semble sain. Peu de bois sec, (quasi) pas de lierre mais présence de Gui…

À noter que la commune de Beaumont abrite un autre érable record, non pas un champêtre mais un sycomore (Acer pseudoplatanus). À seulement 5km au nord-est la commune de Collonges-sous-Salève héberge un autre érable d’exception(5), à feuilles d’obier (Acer Opalus). Il ne me reste plus qu’à découvrir un gros érable plane (Acer platanoides) pour compléter la famille (ou le Genre devrais-je dire).

Décidément le Salève est une vraie pépinière d’arbres remarquables!

Merci à Arnaud pour cette belle journée de prospection riche en découvertes.

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Accès: Facile. Depuis Beaumont rejoindre le lieu-dit « chez Marmoux »; puis marcher sur ~700m (route forestière) en direction du Beulet pour rejoindre l’érable.
Note: bien que la ferme soit en commune d’Archamps l’arbre se situe sur Beaumont, à quelques mètres de la limite de la commune.

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la Covagne de Corniens

L’épicéa est l’essence dominante dans le Chablais, loin devant le sapin blanc, le hêtre ou le chêne, et forme fréquemment des peuplements purs appelés pessières. L’espèce représente même 45 % [1] de la surface forestière du département, c’est dire si les paysages haut-savoyards sont marqués par l’épicéa!

Formes étranges, association avec la roche, beaux arbres (…) ne sont pas inhabituels. Mais au-delà de l’aspect esthétique il est bien difficile de rencontrer des épicéas remarquables.

L’exploitation forestière pourrait, à la limite, expliquer la rareté des très grands individus. Ces arbres élancés au tronc rectiligne étant coupés, pour des raisons de rentabilité, avant d’atteindre des hauteurs record [2].
Les arbres situés en terrain accidenté ou en alpage, peu élevés, aux formes souvent biscornues, inexploitables, ont eux tout loisir de vieillir à l’abri de la hache.

Mais alors, pourquoi les vieux et gros individus se font-ils si rares?

En termes de dimensions l’épicéa peut franchir les 5 mètres de circonférence, exceptionnellement 6 mètres [3]. Il est cependant peu fréquent de voir des arbres dépasser le mètre de diamètre, et carrément rare d’en croiser au-delà de 4 mètres de tour.
Quant à la longévité l’espèce peut atteindre les 400 ans, voire 500 ans [4]. Toutefois la plupart des épicéas ne semble pas dépasser deux siècles.

Cette faible longévité, comparée à d’autres essences résineuses du moins, suffirait-elle à expliquer cette anomalie statistique?

Une plus grande sensibilité aux attaques de parasites [5], aux champignons, aux coups de vent (enracinement superficiel) seraient-elles des raisons plus à même d’expliquer cette singularité?

Je ne saurais conclure à ce sujet, je constate simplement la rareté des épicéas remarquables comparée à d’autres espèces forestières (sapin, hêtre, chêne, etc).

Malgré cela je ne désespère pas et à chaque nouvelle randonnée en montagne je garde le secret espoir de découvrir La perle, le champion, le roi des épicéas.

 

Lundi dernier je me rendais au-dessus de Thollon-les-mémises. J’avais initialement choisi cette destination pour le superbe panorama sur le Léman qui devait récompenser notre expédition, c’était sans compter sur la météo: temps couvert, humide, brumeux. Toutefois, j’avais bien pris soin d’opter pour un secteur intéressant du point de vue de mes prospections. Le côté forestier et sauvage de l’itinéraire retenu était prometteur.

La dernière section du trajet pour atteindre le pic Blanchard, boisée, aux allures de forêt primaire drapée d’un voile de brume, était particulièrement plaisante, mais aucune découverte particulière. J’allais donc revenir bredouille quand au retour, au niveau du chalet de Corniens, au bénéfice d’une éclaircie momentanée, j’aperçois un arbre qui m’intrigue. De loin et avec une visibilité médiocre j’ai d’abord cru à un gros sapin (l’aspect général différait des épicéas alentour, en particulier au niveau des extrémités émoussées des rameaux sur les 2/3 de la hauteur qui, visuellement, tenaient plus du chou-fleur que de la draperie pendante habituelle chez l’épicéa) et j’étais  excité à l’idée de découvrir un vieux Gogant.

L’approche réservait deux surprises: l’arbre était bien plus gros qu’imaginé et surtout il ne s’agissait pas d’un Sapin, mais d’un Épicéa!

C’est toutefois au pied du colosse que j’ai réellement pris la mesure de la découverte! Je tenais ma perle!

Comment décrire cette trouvaille?
Un arbre à l’allure bizarre, impressionnant, peu élevé, mais à la base énorme, évasée. Le tronc est un peu concave en aval, côté sud. En surplomb de cette cavité émerge une grosse branche en forme de trompe bifide. L’aspect de l’ensemble est étrange. Sous un certain angle l’imagination fait apparaître le faciès grotesque et inquiétant d’un monstre ligneux, oeil torve, bouche grande ouverte, prête à avaler le promeneur imprudent venu s’abriter au creux de son tronc.

Pas de doute, il s’agit d’une découverte extraordinaire!

Cet arbre correspond à ce que l’on appelait des Covagnes (issu, semble-t-il du patois Covagné [6]) : de vieux et gros épicéas d’alpage  aux formes noueuses, à l’opposée des épicéas élancés et rectilignes de pessière. Ce terme patois semble concerner principalement le Jura franco-suisse, cependant on retrouve covagne et ses dérivés dans plusieurs noms de lieux haut-savoyards (la Covagne, les Covagnes, bois des Covagnes, Covagnet, Covagny, le Covagnin), ce qui prouve son usage dans notre département.

Côté chiffres notre épicéa affiche un tour de taille exceptionnel de 5,45 m! [7]

Pour ce qui est de son âge difficile à dire, je suis loin de maîtriser le sujet ; mais en comparant diverses données disponibles sur Picea abies je pense qu’un minimum de 250 ans est tout à fait crédible.

Le houppier est dense et l’état sanitaire semble tout à fait correct. Pas de dégâts apparents ni de traces de pourriture. Toutefois je n’ai pas bien pris le temps d’observer, car quand je suis accompagné je me sens toujours obligé d’écourter la rencontre pour ne pas ennuyer mon entourage (au final j’ai oublié d’évaluer la hauteur, je n’ai pris aucune note, et n’ai récolté qu’une poignée de photos. C’est bien dommage).

Un arbre qu’il me faudra retourner voir, c’est certain (enfin, si je trouve le temps), sans oublier de fouiller les environs…

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Accès: relativement facile > environ 2h de marche allez-retour depuis le lieu-dit chez Jacquier, après Thollon-les-Mémises (dénivelé env 400m, route forestière).

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Tilleul de Saint-Sixt

Parmi les arbres emblématiques de Haute-Savoie, nombreux sont des Tilleuls: Samoëns, Féternes, Douvaine, Trossy (rip). Exceptionnels par les dimensions, l’histoire où l’âge élevé, ces arbres n’ont pas le moins du monde usurpé leur réputation.
Dans l’ombre de ces célébrités départementales existent pourtant d’autres éminents Tilleuls qui gagnent à être connus.

Après avoir présenté celui de Sixt-fer-à-cheval dirigeons nous 35km plus à l’Ouest, au village de Saint-Sixt.

Cette commune du Faucigny abrite dans l’enceinte de son cimetière un fabuleux ligneux: Il s’agit d’un Tilleul à petites feuilles en tous points remarquable.

Outre la sérénité du lieu (les cimetières me procurent toujours cette impression d’être hors du temps ; particulièrement celui-ci), ce qui m’a frappé au premier abord c’est l’aspect général de cet arbre: silhouette harmonieuse et quasi symétrique sous un certain angle (sorte d’as de pique végétal), houppier[1] vigoureux, feuillage dense et sain, absence apparente de branches sèches, etc.
Si ce n’était la présence d’un tronc court et massif sous cette masse verte d’à peine 13 mètres de haut j’aurais cru découvrir un jeune Tilleul pas même centenaire.

Pourtant le caractère multiséculaire de cet arbre saute rapidement aux yeux!

Sa circonférence, bien qu’éloignée du record de l’espèce, n’en est pas moins imposante:
6,09 m à ~1m du sol.
Cet arbre, maintenu par des haubans, est fendu et creux. Une partie du tronc est manquante côté ouest si bien qu’en reconstituant l’ensemble son tour de taille devait avoisiner, avant amputation, les 7m.


Mais le plus intéressant ici c’est le coeur de l’arbre ainsi dévoilé, et dont l’aspect mérite vraiment le détour: par le passé la cavité centrale a du accumuler de la matière organique issue du bois en décomposition et éventuellement de feuilles mortes (à noter qu’un arbre creux n’est ni malade ni moribond, les tissus vivants du tronc se trouvant en périphérie). L’arbre a alors émis de nouvelles racines à l’intérieur même de ce fût[2] riche en humus!

Avec le temps ces racines ont atteint une taille imposante et la disparition d’une partie du tronc nous permet aujourd’hui d’admirer à notre aise ce fascinant enchevêtrement de racines internes, preuve de la vigueur de cet arbre qui n’a pas dit son dernier mot (au beau milieu de cette cavité ainsi dévoilée a été planté un jeune Tilleul, en prévision de la disparition de l’ancien qui ne semble toutefois pas disposé à laisser sa place).

Il est aussi possible d’admirer d’épais bourrelets cicatriciels[3] (A) qui se sont formés à la jonction du bois mort (B) et du bois vivant (différence de textures nettement visible). Par endroits ces bourrelets ont fortement épaissi pour devenir des axes prioritaires de circulation de la sève.

L’arbre a été élagué assez sévèrement il y a environ 30 ans et des quelques moignons résultant de cette taille ce Tilleul a émis de nouvelles branches (appelées « suppléants ») qui, en partant d’une base asymétrique, ont finit par former un ensemble harmonieux et assez symétrique, restaurant ainsi le houppier[1] d’origine.

Encore une preuve de la vigueur de ce vieil arbre et de son pouvoir de résilience[4]

Ce Tilleul aurait été planté, dit-on, par Perronnet de saint-Sixt en 1385 et serait donc âgé, selon cette hypothèse, de 629 ans!

Un fringant vieillard!


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Accès: Facile. À deux kilomètres au sud-est de la Roche-sur-Foron (30km de Genève en voiture, ~36km depuis Annecy) le Tilleul se trouve dans l’enceinte du cimetière de Saint-Sixt visible de la route principale, juste en face de la mairie.

1 – Houppier =  partie aérienne au dessus du tronc
2 – fût = tronc (du sol aux premières grosses branches)
3 – Malgré la croyance populaire un arbre ne cicatrise pas (du moins pas comme un humain), mais se contente de recouvrir ses plaies de bourrelets cicatriciels.
4 – Une expertise sanitaire, réalisée en novembre 2010 confirme ces impressions.

note > l’arbre ne souffre pas de la présence de gales sur certaines feuilles. D’aucuns trouvent ces excroissances laides, je les trouve, pour ma part, assez plaisantes à admirer.

Tilleul de Sixt

Mises à jour en fin d’article.

Le Village de Sixt-Fer-à-Cheval, dans le haut-Giffre, est surtout connu pour son abbaye et ses paysages grandioses (cirque du fer-à-Cheval, cascades), mais la commune abrite un autre joyau méconnu[1] :
un Tilleul séculaire.

LithographieSitué en plein coeur du village cet arbre classé[2], un Tilleul à grandes feuilles[3], serait âgé de plus de 400 ans, voire 500. Possible mais difficilement vérifiable.
Une expertise dendrochronologique[4] réalisée cette année n’a pu conclure qu’à un âge minimum de 157 ans, faute de pouvoir compter tous les cernes de croissance[5].

Côté archives: un article de « l’indicateur de la Savoie » du 17 octobre 1896 parle du « Tilleul séculaire » ; Achille Raverat écrit, en 1872 : « …au devant, étend son ombrage un tilleul âgé, dit-on, de plus de quatre cents ans… » ; on peut lire en 1865 sous la plume d’Adolphe Joanne : « La place est ornée d’un tilleul aussi beau que celui de Samoëns » ; en 1821 F.J Martin écrit : « Sur le devant de l’abbaye est une place ombragée d’un beau tilleul » ; de vieilles lithographies du milieu du XIXè siècle (image ci-dessus) montrent un arbre déjà imposant[6]

… Nous pouvons en déduire un âge en tous les cas supérieur à 200 ans. Certainement bien davantage (estimation personnelle > entre 270 et 420 ans)…

Bien qu’encore imposant avec ses 5,55 mètres de circonférence cet arbre n’est plus que l’ombre de lui-même.

Ayant subi une forte intoxication au sel de déneigement[7] ce tilleul dépérit depuis 2005, année où les premiers symptômes du mal ont été décelés[8]. Dès l’hiver 2005/2006 un périmètre de non-salage a été établi autour de l’arbre, mais cela n’a pas empêché son déclin.

De grosses chutes de neige à l’hiver 2011/2012 entraînent la casse d’une branche de grosse section. La nouvelle expertise[7] réalisée dans la foulée se fait désormais alarmiste et conclue ainsi: « dans la mesure où cet arbre n’offre plus aucune vitalité ni aucune capacité à réitérer de nouveaux tissus vivants, aucune alternative à l’abattage n’est envisageable pour garantir sa tenue mécanique et la sécurité des lieux. ». Se basant alors sur cette conclusion la municipalité décide de lancer rapidement, début 2012, une procédure officielle afin d’abattre le vieux Tilleul.
La démarche n’est pas si simple car cet arbre étant classé la demande doit être validée par l’inspection des sites. De plus l’État et la mairie semblent s’opposer sur l’après abattage: le maire rejetterait l’idée d’une replantation, quant aux services officiels leur position serait la suivante: aucun abattage ne sera autorisé s’il n’est suivi soit d’une replantation, soit de l’installation d’un élément rappelant l’existence de cet arbre (informations à confirmer).
Il semblerait, pour des raisons de priorités budgétaires, que ce projet soit temporairement reporté (cela ne signifie toutefois pas l’absence d’abattage entre temps)…

Statu quo depuis 2012. Le Tilleul quant à lui, au fil des différentes tailles sanitaires, a perdu son houppier d’origine. Désormais le vieil arbre ressemble à une sorte de Totem tricéphale. Apparence qui ne manque pas d’une certaine beauté, mais ne rend pas hommage à sa splendeur d’antan.

Après cette chronologie objective des événements, quelques remarques personnelles qui n’engagent que moi:

Si je ne contredis pas l’expertise sanitaire (je ne dispose pas des connaissances pour le faire et n’en ai, de toute façon, pas l’intention), la lecture de la conclusion du dernier rapport, proclamant «l’absence d’alternative à l’abattage», me laisse dubitatif.

Pourquoi abattre cet arbre?
Deux arguments sont avancés >    1) il est « mort » (sic)    ,  2) il est « dangereux »

1) Certes l’arbre est mal en point et peut-être condamné à moyenne échéance. Toutefois, et j’ai pu le constater en ce mois de juin, l’arbre est toujours vivant et présente plusieurs bouquets de feuilles d’apparence saine. Je sais que cela n’est pas forcément signe de rémission, mais il serait intellectuellement malhonnête de prétendre que l’arbre est « mort » (comme j’ai pu l’entendre et le lire), et de se servir de cet argument pour précipiter son « démontage »[9] !

Pourquoi ne pas laisser à cet arbre une chance, si maigre soit-elle, de récupérer? Et s’il est réellement condamné, pourquoi ne pas l’accompagner ; lui permettre de terminer tranquillement (si je puis dire) son existence ?… N’est-ce pas le moindre des respect dû à un être vivant aussi âgé? (que dirait-on s’il était préconisé d’euthanasier les retraités dès les premiers signes de faiblesse?)
Qu’en est-il alors de l’argument sécuritaire?…

2) La fragilité des grosses charpentières semble avérée et il convient effectivement d’éviter un drame. Il est toutefois envisageable de rabattre progressivement la hauteur de l’arbre[10] sur plusieurs années (le bouquet de feuilles présent à 3m de haut pourrait peut-être, avec le temps, reformer un houppier?) tout en établissant un périmètre de sécurité non accessible aux piétons. Périmètre qui pourrait parfaitement s’intégrer au projet de rénovation du centre du village.

Les arguments sanitaires & sécuritaires ne permettent donc pas d’affirmer « l’absence d’alternative à l’abattage ». Il s’agit davantage de questions politiques et économiques (voire idéologiques)  que d’une nécessité impérieuse.

Ces quelques remarques se discutent et je conçois parfaitement qu’on puisse envisager de couper ce Tilleul. L’arbre est déclinant et dangereux certes, mais affirmer l’absence d’alternative à l’abattage est un peu fort! Reconnaitre le caractère subjectif de cette assertion est très important car cette conclusion implacable est au coeur du dossier…

N’hésitez pas à poser des questions, proposer des solutions, ou tout simplement à manifester votre intérêt pour cet arbre auprès de la mairie de Sixt:
secretariat(a)sixtferacheval.com  /  mairie(a)sixtferacheval.com
tel: 04 50 34 44 25

juillet 2015  > Je suis retourné voir le Tilleul en ce début juillet, et quel soulagement! Vu son état précaire et cette canicule interminable je m’attendais à ne retrouver qu’une carcasse desséchée.
Au contraire, à mon grand soulagement, l’arbre semble ne pas trop souffrir de cette sécheresse (peut-être certaines de ses racines atteignent-elles la rivière, distante d’une 20aine de mètres?). Notre tilleul a même gagné en végétation, plus particulièrement au niveau des bouquets de feuilles au sommet du fût, avant le départ des trois grosses charpentières (voir cette comparaison 2014-2015). Peut-être pourra-t-il à terme reconstituer un houppier à partir de ces rejets, comme ce fut le cas pour le Tilleul de Saint-Sixt (voir ici). À noter que notre arbre a aussi gagné, en une année, 1cm de circonférence. Tout cela est fort encourageant!

juin 2016  > Bonne nouvelle, le tilleul continue à gagner en végétation, lentement mais sûrement (voir ce comparatif). L’un des gros bouquets de rejets au sommet du fût a été coupé (voir cette image), dans quel intérêt? Esthétique? Il aurait pourtant été plus sage de le préserver, si l’on veut, à terme, abaisser le centre de gravité de l’ensemble (voir l’exemple du Tilleul de Saint-Sixt). Si les grosses charpentières venaient à se briser, ou devaient être coupées par précaution il serait vital que l’arbre affaibli dispose d’un maximum de rejets au sommet du fût…

juin 2018  > Une des trois charpentières, déjà morte en 2016, entraîne avec elle le dessèchement progressif du tronc à sa verticale (indices révélateurs: base écorcée et rejets malingres. Voir ce schéma). La dévitalisation complète de cette section semble désormais inéluctable, et ce, probablement, à très court terme. Même amputé d’une partie de sa structure l’arbre peut parfaitement survivre (le houppier continue même à doucement s’étoffer), mais le risque ici est mécanique car la disparition de la charpentière sèche (qu’il s’agisse de coupe préventive ou de casse accidentelle) déplacera le centre de gravité de l’ensemble et ne permettra plus le haubanage actuel en trois points ; la partie restante se retrouvera en surplomb, avec dès lors un risque élevé d’effondrement total.
La préservation des rejets à la base de l’arbre est donc vitale !

mai 2019  > L’arbre a été abattu!

L’effondrement d’une charpentière en décembre 2018 a hélas scellé le sort de l’arbre[11]. Cet évènement spectaculaire était parfaitement prévisible (je l’avais moi-même anticipé, la mairie aussi d’ailleurs[12]) ; prévisible donc évitable.
L’heure n’est plus à la polémique, à quoi bon désormais ; je reste toutefois convaincu, contrairement à ce que certains peuvent affirmer, que cette issue était évitable et qu’il s’agissait davantage d’un choix politique/idéologique/urbanistique que d’une fatalité…

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Accès: Facile. L’arbre se situe en plein coeur du village. …

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