la Covagne de Corniens

L’épicéa est l’essence dominante dans le Chablais, loin devant le sapin blanc, le hêtre ou le chêne, et forme fréquemment des peuplements purs appelés pessières. L’espèce représente même 45 % [1] de la surface forestière du département, c’est dire si les paysages haut-savoyards sont marqués par l’épicéa!

Formes étranges, association avec la roche, beaux arbres (…) ne sont pas inhabituels. Mais au-delà de l’aspect esthétique il est bien difficile de rencontrer des épicéas remarquables.

L’exploitation forestière pourrait, à la limite, expliquer la rareté des très grands individus. Ces arbres élancés au tronc rectiligne étant coupés, pour des raisons de rentabilité, avant d’atteindre des hauteurs record [2].
Les arbres situés en terrain accidenté ou en alpage, peu élevés, aux formes souvent biscornues, inexploitables, ont eux tout loisir de vieillir à l’abri de la hache.

Mais alors, pourquoi les vieux et gros individus se font-ils si rares?

En termes de dimensions l’épicéa peut franchir les 5 mètres de circonférence, exceptionnellement 6 mètres [3]. Il est cependant peu fréquent de voir des arbres dépasser le mètre de diamètre, et carrément rare d’en croiser au-delà de 4 mètres de tour.
Quant à la longévité l’espèce peut atteindre les 400 ans, voire 500 ans [4]. Toutefois la plupart des épicéas ne semble pas dépasser deux siècles.

Cette faible longévité, comparée à d’autres essences résineuses du moins, suffirait-elle à expliquer cette anomalie statistique?

Une plus grande sensibilité aux attaques de parasites [5], aux champignons, aux coups de vent (enracinement superficiel) seraient-elles des raisons plus à même d’expliquer cette singularité?

Je ne saurais conclure à ce sujet, je constate simplement la rareté des épicéas remarquables comparée à d’autres espèces forestières (sapin, hêtre, chêne, etc).

Malgré cela je ne désespère pas et à chaque nouvelle randonnée en montagne je garde le secret espoir de découvrir La perle, le champion, le roi des épicéas.

 

Lundi dernier je me rendais au-dessus de Thollon-les-mémises. J’avais initialement choisi cette destination pour le superbe panorama sur le Léman qui devait récompenser notre expédition, c’était sans compter sur la météo: temps couvert, humide, brumeux. Toutefois, j’avais bien pris soin d’opter pour un secteur intéressant du point de vue de mes prospections. Le côté forestier et sauvage de l’itinéraire retenu était prometteur.

La dernière section du trajet pour atteindre le pic Blanchard, boisée, aux allures de forêt primaire drapée d’un voile de brume, était particulièrement plaisante, mais aucune découverte particulière. J’allais donc revenir bredouille quand au retour, au niveau du chalet de Corniens, au bénéfice d’une éclaircie momentanée, j’aperçois un arbre qui m’intrigue. De loin et avec une visibilité médiocre j’ai d’abord cru à un gros sapin (l’aspect général différait des épicéas alentour, en particulier au niveau des extrémités émoussées des rameaux sur les 2/3 de la hauteur qui, visuellement, tenaient plus du chou-fleur que de la draperie pendante habituelle chez l’épicéa) et j’étais  excité à l’idée de découvrir un vieux Gogant.

L’approche réservait deux surprises: l’arbre était bien plus gros qu’imaginé et surtout il ne s’agissait pas d’un Sapin, mais d’un Épicéa!

C’est toutefois au pied du colosse que j’ai réellement pris la mesure de la découverte! Je tenais ma perle!

Comment décrire cette trouvaille?
Un arbre à l’allure bizarre, impressionnant, peu élevé, mais à la base énorme, évasée. Le tronc est un peu concave en aval, côté sud. En surplomb de cette cavité émerge une grosse branche en forme de trompe bifide. L’aspect de l’ensemble est étrange. Sous un certain angle l’imagination fait apparaître le faciès grotesque et inquiétant d’un monstre ligneux, oeil torve, bouche grande ouverte, prête à avaler le promeneur imprudent venu s’abriter au creux de son tronc.

Pas de doute, il s’agit d’une découverte extraordinaire!

Cet arbre correspond à ce que l’on appelait des Covagnes (issu, semble-t-il du patois Covagné [6]) : de vieux et gros épicéas d’alpage  aux formes noueuses, à l’opposée des épicéas élancés et rectilignes de pessière. Ce terme patois semble concerner principalement le Jura franco-suisse, cependant on retrouve covagne et ses dérivés dans plusieurs noms de lieux haut-savoyards (la Covagne, les Covagnes, bois des Covagnes, Covagnet, Covagny, le Covagnin), ce qui prouve son usage dans notre département.

Côté chiffres notre épicéa affiche un tour de taille exceptionnel de 5,45 m! [7]

Pour ce qui est de son âge difficile à dire, je suis loin de maîtriser le sujet ; mais en comparant diverses données disponibles sur Picea abies je pense qu’un minimum de 250 ans est tout à fait crédible.

Le houppier est dense et l’état sanitaire semble tout à fait correct. Pas de dégâts apparents ni de traces de pourriture. Toutefois je n’ai pas bien pris le temps d’observer, car quand je suis accompagné je me sens toujours obligé d’écourter la rencontre pour ne pas ennuyer mon entourage (au final j’ai oublié d’évaluer la hauteur, je n’ai pris aucune note, et n’ai récolté qu’une poignée de photos. C’est bien dommage).

Un arbre qu’il me faudra retourner voir, c’est certain (enfin, si je trouve le temps), sans oublier de fouiller les environs…

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Accès: relativement facile > environ 2h de marche allez-retour depuis le lieu-dit chez Jacquier, après Thollon-les-Mémises (dénivelé env 400m, route forestière).

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Tilleul de Saint-Sixt

Parmi les arbres emblématiques de Haute-Savoie, nombreux sont des Tilleuls: Samoëns, Féternes, Douvaine, Trossy (rip). Exceptionnels par les dimensions, l’histoire où l’âge élevé, ces arbres n’ont pas le moins du monde usurpé leur réputation.
Dans l’ombre de ces célébrités départementales existent pourtant d’autres éminents Tilleuls qui gagnent à être connus.

Après avoir présenté celui de Sixt-fer-à-cheval dirigeons nous 35km plus à l’Ouest, au village de Saint-Sixt.

Cette commune du Faucigny abrite dans l’enceinte de son cimetière un fabuleux ligneux: Il s’agit d’un Tilleul à petites feuilles en tous points remarquable.

Outre la sérénité du lieu (les cimetières me procurent toujours cette impression d’être hors du temps ; particulièrement celui-ci), ce qui m’a frappé au premier abord c’est l’aspect général de cet arbre: silhouette harmonieuse et quasi symétrique sous un certain angle (sorte d’as de pique végétal), houppier[1] vigoureux, feuillage dense et sain, absence apparente de branches sèches, etc.
Si ce n’était la présence d’un tronc court et massif sous cette masse verte d’à peine 13 mètres de haut j’aurais cru découvrir un jeune Tilleul pas même centenaire.

Pourtant le caractère multiséculaire de cet arbre saute rapidement aux yeux!

Sa circonférence, bien qu’éloignée du record de l’espèce, n’en est pas moins imposante:
6,09 m à ~1m du sol.
Cet arbre, maintenu par des haubans, est fendu et creux. Une partie du tronc est manquante côté ouest si bien qu’en reconstituant l’ensemble son tour de taille devait avoisiner, avant amputation, les 7m.


Mais le plus intéressant ici c’est le coeur de l’arbre ainsi dévoilé, et dont l’aspect mérite vraiment le détour: par le passé la cavité centrale a du accumuler de la matière organique issue du bois en décomposition et éventuellement de feuilles mortes (à noter qu’un arbre creux n’est ni malade ni moribond, les tissus vivants du tronc se trouvant en périphérie). L’arbre a alors émis de nouvelles racines à l’intérieur même de ce fût[2] riche en humus!

Avec le temps ces racines ont atteint une taille imposante et la disparition d’une partie du tronc nous permet aujourd’hui d’admirer à notre aise ce fascinant enchevêtrement de racines internes, preuve de la vigueur de cet arbre qui n’a pas dit son dernier mot (au beau milieu de cette cavité ainsi dévoilée a été planté un jeune Tilleul, en prévision de la disparition de l’ancien qui ne semble toutefois pas disposé à laisser sa place).

Il est aussi possible d’admirer d’épais bourrelets cicatriciels[3] (A) qui se sont formés à la jonction du bois mort (B) et du bois vivant (différence de textures nettement visible). Par endroits ces bourrelets ont fortement épaissi pour devenir des axes prioritaires de circulation de la sève.

L’arbre a été élagué assez sévèrement il y a environ 30 ans et des quelques moignons résultant de cette taille ce Tilleul a émis de nouvelles branches (appelées « suppléants ») qui, en partant d’une base asymétrique, ont finit par former un ensemble harmonieux et assez symétrique, restaurant ainsi le houppier[1] d’origine.

Encore une preuve de la vigueur de ce vieil arbre et de son pouvoir de résilience[4]

Ce Tilleul aurait été planté, dit-on, par Perronnet de saint-Sixt en 1385 et serait donc âgé, selon cette hypothèse, de 629 ans!

Un fringant vieillard!


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Accès: Facile. À deux kilomètres au sud-est de la Roche-sur-Foron (30km de Genève en voiture, ~36km depuis Annecy) le Tilleul se trouve dans l’enceinte du cimetière de Saint-Sixt visible de la route principale, juste en face de la mairie.

1 – Houppier =  partie aérienne au dessus du tronc
2 – fût = tronc (du sol aux premières grosses branches)
3 – Malgré la croyance populaire un arbre ne cicatrise pas (du moins pas comme un humain), mais se contente de recouvrir ses plaies de bourrelets cicatriciels.
4 – Une expertise sanitaire, réalisée en novembre 2010 confirme ces impressions.

note > l’arbre ne souffre pas de la présence de gales sur certaines feuilles. D’aucuns trouvent ces excroissances laides, je les trouve, pour ma part, assez plaisantes à admirer.

Tilleul de Sixt

Mises à jour en fin d’article.

Le Village de Sixt-Fer-à-Cheval, dans le haut-Giffre, est surtout connu pour son abbaye et ses paysages grandioses (cirque du fer-à-Cheval, cascades), mais la commune abrite un autre joyau méconnu[1] :
un Tilleul séculaire.

LithographieSitué en plein coeur du village cet arbre classé[2], un Tilleul à grandes feuilles[3], serait âgé de plus de 400 ans, voire 500. Possible mais difficilement vérifiable.
Une expertise dendrochronologique[4] réalisée cette année n’a pu conclure qu’à un âge minimum de 157 ans, faute de pouvoir compter tous les cernes de croissance[5].

Côté archives: un article de « l’indicateur de la Savoie » du 17 octobre 1896 parle du « Tilleul séculaire » ; Achille Raverat écrit, en 1872 : « …au devant, étend son ombrage un tilleul âgé, dit-on, de plus de quatre cents ans… » ; on peut lire en 1865 sous la plume d’Adolphe Joanne : « La place est ornée d’un tilleul aussi beau que celui de Samoëns » ; en 1821 F.J Martin écrit : « Sur le devant de l’abbaye est une place ombragée d’un beau tilleul » ; de vieilles lithographies du milieu du XIXè siècle (image ci-dessus) montrent un arbre déjà imposant[6]

… Nous pouvons en déduire un âge en tous les cas supérieur à 200 ans. Certainement bien davantage (estimation personnelle > entre 270 et 420 ans)…

Bien qu’encore imposant avec ses 5,55 mètres de circonférence cet arbre n’est plus que l’ombre de lui-même.

Ayant subi une forte intoxication au sel de déneigement[7] ce tilleul dépérit depuis 2005, année où les premiers symptômes du mal ont été décelés[8]. Dès l’hiver 2005/2006 un périmètre de non-salage a été établi autour de l’arbre, mais cela n’a pas empêché son déclin.

De grosses chutes de neige à l’hiver 2011/2012 entraînent la casse d’une branche de grosse section. La nouvelle expertise[7] réalisée dans la foulée se fait désormais alarmiste et conclue ainsi: « dans la mesure où cet arbre n’offre plus aucune vitalité ni aucune capacité à réitérer de nouveaux tissus vivants, aucune alternative à l’abattage n’est envisageable pour garantir sa tenue mécanique et la sécurité des lieux. ». Se basant alors sur cette conclusion la municipalité décide de lancer rapidement, début 2012, une procédure officielle afin d’abattre le vieux Tilleul.
La démarche n’est pas si simple car cet arbre étant classé la demande doit être validée par l’inspection des sites. De plus l’État et la mairie semblent s’opposer sur l’après abattage: le maire rejetterait l’idée d’une replantation, quant aux services officiels leur position serait la suivante: aucun abattage ne sera autorisé s’il n’est suivi soit d’une replantation, soit de l’installation d’un élément rappelant l’existence de cet arbre (informations à confirmer).
Il semblerait, pour des raisons de priorités budgétaires, que ce projet soit temporairement reporté (cela ne signifie toutefois pas l’absence d’abattage entre temps)…

Statu quo depuis 2012. Le Tilleul quant à lui, au fil des différentes tailles sanitaires, a perdu son houppier d’origine. Désormais le vieil arbre ressemble à une sorte de Totem tricéphale. Apparence qui ne manque pas d’une certaine beauté, mais ne rend pas hommage à sa splendeur d’antan.

Après cette chronologie objective des événements, quelques remarques personnelles qui n’engagent que moi:

Si je ne contredis pas l’expertise sanitaire (je ne dispose pas des connaissances pour le faire et n’en ai, de toute façon, pas l’intention), la lecture de la conclusion du dernier rapport, proclamant «l’absence d’alternative à l’abattage», me laisse dubitatif.

Pourquoi abattre cet arbre?
Deux arguments sont avancés >    1) il est « mort » (sic)    ,  2) il est « dangereux »

1) Certes l’arbre est mal en point et peut-être condamné à moyenne échéance. Toutefois, et j’ai pu le constater en ce mois de juin, l’arbre est toujours vivant et présente plusieurs bouquets de feuilles d’apparence saine. Je sais que cela n’est pas forcément signe de rémission, mais il serait intellectuellement malhonnête de prétendre que l’arbre est « mort » (comme j’ai pu l’entendre et le lire), et de se servir de cet argument pour précipiter son « démontage »[9] !

Pourquoi ne pas laisser à cet arbre une chance, si maigre soit-elle, de récupérer? Et s’il est réellement condamné, pourquoi ne pas l’accompagner ; lui permettre de terminer tranquillement (si je puis dire) son existence ?… N’est-ce pas le moindre des respect dû à un être vivant aussi âgé? (que dirait-on s’il était préconisé d’euthanasier les retraités dès les premiers signes de faiblesse?)
Qu’en est-il alors de l’argument sécuritaire?…

2) La fragilité des grosses charpentières semble avérée et il convient effectivement d’éviter un drame. Il est toutefois envisageable de rabattre progressivement la hauteur de l’arbre[10] sur plusieurs années (le bouquet de feuilles présent à 3m de haut pourrait peut-être, avec le temps, reformer un houppier?) tout en établissant un périmètre de sécurité non accessible aux piétons. Périmètre qui pourrait parfaitement s’intégrer au projet de rénovation du centre du village.

Les arguments sanitaires & sécuritaires ne permettent donc pas d’affirmer « l’absence d’alternative à l’abattage ». Il s’agit davantage de questions politiques et économiques (voire idéologiques)  que d’une nécessité impérieuse.

Ces quelques remarques se discutent et je conçois parfaitement qu’on puisse envisager de couper ce Tilleul. L’arbre est déclinant et dangereux certes, mais affirmer l’absence d’alternative à l’abattage est un peu fort! Reconnaitre le caractère subjectif de cette assertion est très important car cette conclusion implacable est au coeur du dossier…

N’hésitez pas à poser des questions, proposer des solutions, ou tout simplement à manifester votre intérêt pour cet arbre auprès de la mairie de Sixt:
secretariat(a)sixtferacheval.com  /  mairie(a)sixtferacheval.com
tel: 04 50 34 44 25

juillet 2015  > Je suis retourné voir le Tilleul en ce début juillet, et quel soulagement! Vu son état précaire et cette canicule interminable je m’attendais à ne retrouver qu’une carcasse desséchée.
Au contraire, à mon grand soulagement, l’arbre semble ne pas trop souffrir de cette sécheresse (peut-être certaines de ses racines atteignent-elles la rivière, distante d’une 20aine de mètres?). Notre tilleul a même gagné en végétation, plus particulièrement au niveau des bouquets de feuilles au sommet du fût, avant le départ des trois grosses charpentières (voir cette comparaison 2014-2015). Peut-être pourra-t-il à terme reconstituer un houppier à partir de ces rejets, comme ce fut le cas pour le Tilleul de Saint-Sixt (voir ici). À noter que notre arbre a aussi gagné, en une année, 1cm de circonférence. Tout cela est fort encourageant!

juin 2016  > Bonne nouvelle, le tilleul continue à gagner en végétation, lentement mais sûrement (voir ce comparatif). L’un des gros bouquets de rejets au sommet du fût a été coupé (voir cette image), dans quel intérêt? Esthétique? Il aurait pourtant été plus sage de le préserver, si l’on veut, à terme, abaisser le centre de gravité de l’ensemble (voir l’exemple du Tilleul de Saint-Sixt). Si les grosses charpentières venaient à se briser, ou devaient être coupées par précaution il serait vital que l’arbre affaibli dispose d’un maximum de rejets au sommet du fût…

juin 2018  > Une des trois charpentières, déjà morte en 2016, entraîne avec elle le dessèchement progressif du tronc à sa verticale (indices révélateurs: base écorcée et rejets malingres. Voir ce schéma). La dévitalisation complète de cette section semble désormais inéluctable, et ce, probablement, à très court terme. Même amputé d’une partie de sa structure l’arbre peut parfaitement survivre (le houppier continue même à doucement s’étoffer), mais le risque ici est mécanique car la disparition de la charpentière sèche (qu’il s’agisse de coupe préventive ou de casse accidentelle) déplacera le centre de gravité de l’ensemble et ne permettra plus le haubanage actuel en trois points ; la partie restante se retrouvera en surplomb, avec dès lors un risque élevé d’effondrement total.
La préservation des rejets à la base de l’arbre est donc vitale !

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Accès: Facile. L’arbre se situe en plein coeur du village. …

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Sapin du col de la Lanche, Seytroux

En janvier dernier, profitant d’un faible enneigement, je me rendais au coeur des montagnes Chablaisiennes, dans la commune de Seytroux > On m’avait indiqué, au niveau du secteur forestier de Lanversing (~1000/1200m d’altitude) quelques « très gros spécimen » de Sapins blancs. C’est donc avec une certaine fébrilité que je partais, avec un ami, explorer ce secteur inconnu.
L’excursion fut plus physique que prévue: forte pente, chemins de bûcherons plutôt flous, terrain glissant. Nous ne sommes pas resté bien longtemps, brouillard et neige commençant à faire leur apparition.
Au final nous avons pu admirer quelques gros résineux qui, quoi que n’étant pas tout à fait « remarquables », n’en était pas moins beaux. Et que dire du cadre! Simplement magique!
Après vérification il s’est avéré que je ne pouvais espérer trouver plus gros dans ce secteur. Aucune déception cependant, ce fut une bien belle sortie.

Je n’en avais toutefois pas terminé avec les Sapins Seytrousiens car en mars, Suite à l’article paru dans le messager, je fus contacté au sujet d’un résineux qui apparemment valait le coup d’oeil. Je n’en savais guère plus mais ce fut suffisant pour éveiller ma curiosité…

Il m’a pourtant fallu attendre ce mois de juin pour retourner à Seytroux car cet arbre n’était pas accessible avant pour des raisons d’enneigement.

Mon correspondant, mr Vulliez, ancien bûcheron à la retraite, tenait absolument à me présenter lui même sa découverte. Bien que très évasif et modeste au sujet de ce Sapin je ne le sentais pas moins attaché à cet arbre et désireux de le faire connaître.

Nous nous sommes rendus sur le versant faisant face à la forêt explorée en janvier, avant d’entamer une route empierrée de plus en plus chaotique sur les 4km nous menant au col de la Lanche, notre destination (effectivement, sans avoir à chausser les raquettes je vois mal comment j’aurais pu m’y rendre cet hiver!).

   Notre guide nous montre alors un point dans la forêt, à 50 mètres du chemin. Difficile pourtant de discerner quoi que se soit à cette distance et sans son indication je ne me serais certainement jamais écarté de la route à cet endroit.
Plus près, à une dizaine de mètres du résineux, un dense faisceau de troncs accidentés signale un arbre de forme inhabituelle, mais il faut toutefois se rendre au pied du Sapin pour vraiment prendre conscience de ses dimensions.
Et c’est en le contournant que son étrange beauté se révèle!
Je dis « étrange beauté » car cet arbre bien qu’ancien, abîmé, dissymétrique, dégage une incroyable noblesse! j’avais l’impression d’être au pied du roi de la montagne. Un humble et vieux roi oublié, digne, serein, trônant à 1522m d’altitude.

Question dimensions notre arbre, un Abies alba, mesure 4,90 m de circonférence au plus étroit, pour une hauteur que je n’ai pu évaluer (manque de recul).

En Suisse ce type de résineux est appelé « Gogant » – ici, aucun terme particulier pour désigner ces arbres singuliers (absence d’intérêt? Rareté? Coupe systématique des vieux sujets? je ne saurais le dire)…

Il y a fort longtemps ce résineux a perdu son bourgeon terminal (foudroyé?brouté?cassé?) ce qui l’a empêché de croître haut et droit comme les autres arbres de son espèce. Notre Sapin a alors réquisitionné, si je puis dire, des branches qui en se redressant sont devenues de véritables troncs, d’où sa forme en candélabre. Le plus intéressant/intriguant est, je trouve, la dysmétrie de la silhouette: le bouquet de troncs s’étant développé côté Nord-Est, laissant le flanc sud-est presque nu (quelques branches cassées de faibles diamètres). Hypothèses bienvenues…

Un grand merci à mr Vulliez qui m’a permis de découvrir ce superbe Sapin!


Localisation: cliquez ici
Accès: Thonon > longer la Dranse jusqu’au rond point de Bioge, prendre direction Morzine. ~10km plus loin, prendre le petit pont à droite direction Seytroux. Non loin de l’église traverser le pont à droite direction les Chosaux, continuer jusqu’au parking des Culées. 4km d’une route empierrée, menant au col de la Lanche, vous séparent alors du sapin…Possibilité d’y accéder par d’autres chemins de randonnée (col de la Lanche / pointe de la Balme)

Saules têtards de st-Cergues

Circonférences: (6,50) – 5,65 – 4,98 m
Hauteurs: 14 à 17 m (estimations)
Âge: ?

J’ai vécu 13 ans, en alternance, entre Lyon et Thonon et ai donc emprunté un nombre incalculable de fois la ligne de train reliant ces deux villes. Autant dire que je connais par coeur ce trajet et les paysages qui l’égaient. Tout autant que les gares, les montagnes, les cours d’eaux, certains arbres me servaient de repères visuels tout au long du parcours. Parmi eux trois Saules isolés non loin de Machilly méritent une mention tant ils m’ont captivé, toutes ces années, par leur bucolique beauté et leur aspect massif.

Thonon est à seulement 20km de là et pourtant en 10 ans je n’avais encore jamais eu l’occasion d’aller rencontrer ces arbres. Accompagné de ma mère, passionnée d’arbres têtards (étrange famille!), je me suis enfin rendu à Machilly pour leur faire une visite. Ces arbres trônant au milieu d’un champ clôturé occupé par deux chevaux nous avons au préalable demandé l’autorisation au propriétaire, fort sympathique, avant de franchir en fusbury (l’émotion sans doute) la barrière nous séparant de notre végétal objectif…
Imaginez que vous fréquentez depuis des années Orsay et passez des heures devant le même tableau. Vous en connaissez la moindre touche, le moindre relief. Puis un beau jour vous vous rendez sur les lieux qui ont inspiré le peintre. Je n’étais pas loin d’éprouver le même genre d’impressions à la vue de ces trognes tant de fois admirées sous l’angle unique de ma fenêtre de train.
Quelle charmante rencontre… Ou « retrouvailles » devrais-je dire car j’avais finalement la sensation de retrouver de vieilles connaissances.

Ces trois Saules certainement du même âge (grosso modo. Je n’ai pu obtenir d’infos à ce sujet) n’en ont pas moins des aspects fort différents:

le premier m’a longtemps tracassé: Il y a quelques années une tempête (ou la foudre?) l’avait laissé dans un état de délabrement avancé. Du moins son aspect depuis le train était assez pitoyable. Mais depuis l’eau a coulé sous les ponts et bien qu’amputé de la moitié de sa structure il ne semble pas pour autant moribond. Ce vénérable estropié mesure 4,98 m de circonférence pour environ 15 m de haut.

Le deuxième, massif, sorte d’énorme poing ligneux sortant de terre est peut-être le plus impressionnant tant il semble indestructible. Il mesure 5,65 m de circonférence pour environ 17 m de haut.

Non loin de là le troisième, fendu, au tronc creux, ressemble davantage à une main ouverte qu’à un poing. Il affiche 6,50 m de circonférence et environ 14 m de haut. Toutefois la première mesure est à relativiser: plutôt que de prendre ses mensurations à hauteur réglementaire il aurait été plus judicieux, vu la forme évasée de ce Saule, de relever la circonférence au niveau le plus étroit du tronc (probablement entre 5,5 et 6 m de tour).
Je tiens toutefois à préciser, pour ma défense, que sur l’instant je n’y ai pas pensé, harcelés que nous étions par nos deux chevaux taquins, visiblement désireux de connaître quel goût nous avions (avec une nette préférence pour nos triceps, tendres à souhait).
J’en aurais bien profité des heures entières, mais pour la raison précédemment évoquée nous n’avons pas trop traîné…

Trois autres Saules sont visibles en bord de champs, le long de la route de la Marlot (photo) (circonf > estimations: ~ 5 / 4,90 / 3,30 m).

Avant de rentrer nous sommes passés chemin des Poules d’eau à l’endroit indiqué par le propriétaire. Près de la voie ferrée se cache, camouflé sous une couverture de ronces, un autre très gros Saule (photo) . Je n’ai pas pu le mesurer mais suppose sa circonférence comprise entre 5,50 et 6,50 m.
Secteur prometteur! Une bonne raison pour revenir prospecter…

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Accès: facile > Depuis Machilly, traverser la voie ferrée puis prendre direction « Moniaz ». Passer sous la D1206 et environ 700 m plus loin tourner à gauche « route de la Marlot ». Terrain privé, arbres visibles de la route…