Sapin du col de la Lanche, Seytroux

En janvier dernier, profitant d’un faible enneigement, je me rendais au coeur des montagnes Chablaisiennes, dans la commune de Seytroux > On m’avait indiqué, au niveau du secteur forestier de Lanversing (~1000/1200m d’altitude) quelques « très gros spécimen » de Sapins blancs. C’est donc avec une certaine fébrilité que je partais, avec un ami, explorer ce secteur inconnu.
L’excursion fut plus physique que prévue: forte pente, chemins de bûcherons plutôt flous, terrain glissant. Nous ne sommes pas resté bien longtemps, brouillard et neige commençant à faire leur apparition.
Au final nous avons pu admirer quelques gros résineux qui, quoi que n’étant pas tout à fait « remarquables », n’en était pas moins beaux. Et que dire du cadre! Simplement magique!
Après vérification il s’est avéré que je ne pouvais espérer trouver plus gros dans ce secteur. Aucune déception cependant, ce fut une bien belle sortie.

Je n’en avais toutefois pas terminé avec les Sapins Seytrousiens car en mars, Suite à l’article paru dans le messager, je fus contacté au sujet d’un résineux qui apparemment valait le coup d’oeil. Je n’en savais guère plus mais ce fut suffisant pour éveiller ma curiosité…

Il m’a pourtant fallu attendre ce mois de juin pour retourner à Seytroux car cet arbre n’était pas accessible avant pour des raisons d’enneigement.

Mon correspondant, mr Vulliez, ancien bûcheron à la retraite, tenait absolument à me présenter lui même sa découverte. Bien que très évasif et modeste au sujet de ce Sapin je ne le sentais pas moins attaché à cet arbre et désireux de le faire connaître.

Nous nous sommes rendus sur le versant faisant face à la forêt explorée en janvier, avant d’entamer une route empierrée de plus en plus chaotique sur les 4km nous menant au col de la Lanche, notre destination (effectivement, sans avoir à chausser les raquettes je vois mal comment j’aurais pu m’y rendre cet hiver!).

   Notre guide nous montre alors un point dans la forêt, à 50 mètres du chemin. Difficile pourtant de discerner quoi que se soit à cette distance et sans son indication je ne me serais certainement jamais écarté de la route à cet endroit.
Plus près, à une dizaine de mètres du résineux, un dense faisceau de troncs accidentés signale un arbre de forme inhabituelle, mais il faut toutefois se rendre au pied du Sapin pour vraiment prendre conscience de ses dimensions.
Et c’est en le contournant que son étrange beauté se révèle!
Je dis « étrange beauté » car cet arbre bien qu’ancien, abîmé, dissymétrique, dégage une incroyable noblesse! j’avais l’impression d’être au pied du roi de la montagne. Un humble et vieux roi oublié, digne, serein, trônant à 1522m d’altitude.

Question dimensions notre arbre, un Abies alba, mesure 4,90 m de circonférence au plus étroit, pour une hauteur que je n’ai pu évaluer (manque de recul).

En Suisse ce type de résineux est appelé « Gogant » – ici, aucun terme particulier pour désigner ces arbres singuliers (absence d’intérêt? Rareté? Coupe systématique des vieux sujets? je ne saurais le dire)…

Il y a fort longtemps ce résineux a perdu son bourgeon terminal (foudroyé?brouté?cassé?) ce qui l’a empêché de croître haut et droit comme les autres arbres de son espèce. Notre Sapin a alors réquisitionné, si je puis dire, des branches qui en se redressant sont devenues de véritables troncs, d’où sa forme en candélabre. Le plus intéressant/intriguant est, je trouve, la dysmétrie de la silhouette: le bouquet de troncs s’étant développé côté Nord-Est, laissant le flanc sud-est presque nu (quelques branches cassées de faibles diamètres). Hypothèses bienvenues…

Un grand merci à mr Vulliez qui m’a permis de découvrir ce superbe Sapin!


Localisation: cliquez ici
Accès: Thonon > longer la Dranse jusqu’au rond point de Bioge, prendre direction Morzine. ~10km plus loin, prendre le petit pont à droite direction Seytroux. Non loin de l’église traverser le pont à droite direction les Chosaux, continuer jusqu’au parking des Culées. 4km d’une route empierrée, menant au col de la Lanche, vous séparent alors du sapin…Possibilité d’y accéder par d’autres chemins de randonnée (col de la Lanche / pointe de la Balme)

ça sent le sapin

Les conifères sont apparus sur terre, à quelques minutes près, il y a plus de 250 millions d’années. Dites donc c’est pas rien 250 millions d’années ; ça nous ramène en plein Permien, au beau milieu des dimétrodons et autres édaphosaures, qui contrairement à ce que vous imaginez ne sont pas des dinosaures ; ces derniers n’apparaîtront que plusieurs millions d’années plus tard. Non mais rendez-vous compte, nos petits conifères étaient là avant les dino! Et bien avant les fleurs qui attendront encore 100 et quelques (allez on va pas chipoter) millions d’années! Quelle vénérable lignée.
Intéressons nous à mr Picea abies, ou « épicéa », ou « sapin » comme on l’appelle un peu abusivement. Ce bel arbre caractéristique des paysages Savoyards, Jurassiens, mais aussi Vosgiens peut mesurer jusqu’à 40m ; le recordman, résident des Balkans, atteignant lui 63m. Pour vous donner une idée c’est plus haut que le 1er étage de la tour Eiffel!… La longévité de mr Épicéa peut dépasser 500ans. Que dis-je, sachez que le plus vieil arbre (connu) au monde est un… un… un Épicéa! gagné!
Old Tjikko, de son doux nom, est un vieillard Suédois de 9 550 ans. Oui vous avez bien lu, presque 10 000 ans! MÔssieur est littéralement préhistorique! A cette époque nos archi-ancêtres, ces rustres, chassaient encore les derniers mammouths.
Quelle belle histoire… Et quand bien même notre épicéa ne posséderait pas un tel pédigré, serait-il pour autant moins beau?

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Vous êtes émus, votre cœur bat la chamade, vous êtes tombé amoureux de Picea abies. Comme je vous comprends…

Ainsi, quelle indignation doit-être la vôtre à la vue de ces milliers de « sapins » (en majorité des épicéas) qui jonchent les trottoirs en début d’années, jetés dans le caniveau comme de vieux mouchoirs une fois les fêtes passées par ceux qui estiment que de toute façon ça ne sert plus à rien, que c’est pas vivant (un peu comme un rocher), qu’on les plante pour ça, et que de toute manière il était impensable de ne pas en acheter parcqu’après tout c’est la tradition et que si on arrête d’en acheter c’est la fin du monde, l’apocalypse, calendrier d’l’avent Maya tout ça.
Vous faites alors partie de ces gens qui, soit se passent de sapin, soit l’achètent en pot pour qu’il puisse être replanté, soit sont suffisamment inventifs pour trouver une autre solution (et il y en a).

Non?…

Bon… ça va pour cette fois.
Mais promettez-moi au moins d’y penser l’année prochaine.
Vous verrez, c’est pas si difficile de s’en passer  :-)

ps: spéciale dédicace à l’ex sapin de noël des années 80 qui coule désormais des jours heureux dans notre jardin…