le fabuleux Fayard du Plan du Salève

Si dans la plupart de nos forêts le Hêtre se rencontre sous la forme de beaux arbres élancés au tronc bien droit (donnant aux hêtraies l’aspect de cathédrales végétales), voire parfois sous l’aspect de cépées aux denses rejets, il arrive que des individus plus âgés, isolés, où poussant dans des conditions difficiles, prennent des formes bien différentes: port étalé, tronc court et irrégulier, branches sinueuses, etc. Quelques-uns atteignent des dimensions hors du commun, ce qui, je trouve, n’est pas si fréquent (que dis-je, carrément rare), alors que l’espèce représente tout de même 17% des forêts du département(1).

Le massif du Salève(2), dominant le bassin Genevois, est devenu pour moi, depuis que je le parcours, le Paradis du fayard(3). Il y est en effet bien plus facile qu’ailleurs de rencontrer des hêtres sortant de l’ordinaire. Qu’ils soient plus gros, plus vieux, plus beaux, plus étranges que les autres, on trouve ici de tout. Malgré cette relative abondance il est des individus qui vous marquent davantage.

C’est le cas d’un arbre découvert au Plan du Salève, entre les communes de Vovray-en-Bornes et Présilly.

Ce vieux ligneux m’a subjugué par son étrange beauté: formes tortueuses, aspect usé, marqué par le temps, mais néanmoins empreint d’une certaine noblesse.
L’apparence rocheuse de l’écorce du hêtre (grise, lisse, couverte de lichens et de mousses) est ici confondante et confère à cet arbre défeuillé l’aspect d’une énigmatique sculpture minérale…

Un hêtre vraiment fabuleux…

Si ce n’était son emplacement au sommet(4) d’un massif haut-savoyard on le croirait volontiers sorti d’une légende Celtique.

Le vénérable fayard bien que totalement creux (jusqu’au coeur de certaines branches) semble encore vigoureux: son houppier est dense, pas de trace de champignons lignivores, et les bourrelets cicatriciels entourant la cavité centrale (évoquant par endroits  de la cire fondue) sont fort épais, ce qui dénote une certaine vitalité.

Question mensurations, il affiche une circonférence de 4,98 m(5).
(je n’ai pas mesuré la hauteur, mais il n’est pas très élevé)

Je consulte régulièrement les anciens cadastres dans l’espoir d’en apprendre davantage sur l’histoire d’un lieu. Je ne m’attends toutefois pas à y trouver des arbres, ceux-ci étant très rarement représentés. Pourtant, à ma grande surprise, j’ai découvert que ce hêtre servait à marquer la limite entre les communes de Vovray-en-Bornes et Présilly, et ce sur un plan cadastral de 1871 !(6)


Pour y figurer cet arbre devait être déjà imposant il y a 144 ans ; il est donc fort probable qu’il soit âgé de plus de 200 ans.

Le hêtre serait une essence peu longévive(7). Comparé à ses congénères notre fabuleux fayard fait donc figure d’ancêtre…

Pour parfaire le tableau, à quelques mètres de là, se trouve un ensemble de Hêtres d’aspect très graphique.


Assis sur une accueillante racine de ces vénérables ligneux il vous sera possible d’admirer le vaste panorama qui s’offre à vous, couvrant les Alpes du Nord jusqu’au mont-Blanc…

Galerie

Localisation: cliquez ici
GPS: N46° 04.521′ E6° 07.342′
Accès: Facile. De Monnetier-Mornex, la Muraz, Archamps ou Cruseilles rejoindre la route qui parcourt le sommet du Salève dans sa longueur. Rejoindre le parking du Plan du Salève (au sud du massif). Prendre à pied, sur ~500 m, le chemin menant au chalet du plan. L’arbre se trouve en lisière à 200 m de Là. À noter que la route du sommet est fermée en hiver.
Si vous visitez cet arbre ne loupez surtout pas le superbe Saule Kraken près du parking. Non loin de là vous pourrez aussi contempler deux merveilles: le Tilleul des Convers et l’Érable de la Thuile

notes:

1) Source DDT74/RGD, voir ici.
2) Je reparlerai certainement plus en détail de cette montagne dans un futur article.
3) « Fayard » est un terme dérivé du latin Fagus ; le nom scientifique du hêtre étant Fagus sylvatica. J’ai remarqué  que de nombreuses personnes restaient interloquées quand je leur parlais de hêtre, alors qu’elle voyaient parfaitement ce qu’était un fayard. De nombreux noms de lieux sont des dérivés de fayard, par exemple en Haute-Savoie: Le Fayet, Les Faix, Les Faux, Les Fauges, Le Fay, Le Feu, Le Fieu, etc.
4) À 1317 m d’altitude.
5) Environ (tronc inégal), mesuré au plus étroit (au 4/11/15).
6) Image réalisée en superposant le cadastre avec l’image satellite actuelle – sources: archives CG74 et IGN.
7) Bien que pouvant atteindre 300 ans l’espèce ne dépasse généralement pas les 200 ans. En France les plus vieux hêtres, âgés de plus de 400 ans (record à 478 ans?), sont pyrénéens (voir ce doc). Les records absolus de longévité sont, semble-t-il, à chercher côté italien (Valle Cervara, Coppo del Morto) avec des arbres franchissant la barre des 500 ans (voir ce lien)! le plus vieux serait âgé de 560 ans (mais je n’ai rien trouvé à son sujet).

2 réflexions au sujet de « le fabuleux Fayard du Plan du Salève »

  1. Une beauté ce vieux hêtre montagnard. Une connaissance suisse m’avait dit que le Salève recelait de magnifique sujet, je suis content d’en découvrir!
    Ne serait-ce pas un ancien têtard comme pourrait le suggérer ses formes tourmentées?

    • Et bien je me suis posé cette question concernant sa forme. Je n’ai pas l’impression qu’il ait été traité en têtard, mais son aspect me laisse perplexe (pour utiliser un néologisme je le qualifierais bien de sub-tortillard).
      J’aurais bien du mal à conclure sur ce point…

      Merci pour ton commentaire.

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