surpriiiise

Un petit morceau de mon jardin me tient lieu de pépinière. Celui-ci est organisé en trois zones: A) la serre pour les premiers semis. B) un petit m² fortifié pour permettre aux plantules se développer à l’abri des oiseaux (mais pas encore des limaces). C) juste de l’autre côté du chemin une zone de « quarantaine » où les plantes pourront croître jusqu’à ce que je puisse les identifier.
Cette procédure me permet, une fois la fleur déterminée, de l’installer au mieux dans le jardin (voir cet article).

Tout ceci est bien organisé, certes, mais le succès n’est pas forcément au rendez-vous. Je dois même avouer que le taux de réussite de mes semis est plutôt faible (pas mal de progrès à faire de ce côté là). Quant aux rescapées et bien elles mettent un temps fou à croître, si bien que j’en oublie habituellement leur provenance (les lieux de récoltes des graines/fruits sont bien notés quelque part, mais de ce côté là en revanche c’est pas toujours bien organisé).

Conséquence inattendue de cette situation: Ne disposant d’aucun indice (l’origine de la plante aurait pu m’aider) chaque nouvelle floraison, attendue parfois depuis deux ou trois ans, est donc pour moi un moment de suspense intenable (comment ça j’exagère?). D’autant plus que bien peu de mes semis initiaux parviennent à ce stade.

Seulement quatre nouvelles arrivantes identifiées cette année: L’Anthyllide vulnéraire (Anthyllis vulneraria), le Grémil officinal (Lithospermum officinale), la Campanule gantelée (Campanula trachelium), et la dernière , en fleurs depuis quelques jours…

Surpriiise!

–  Solidago virgaurea 

Une magnifique et médicinale Astéracée (famille des pâquerettes, soucis, pissenlits, cosmos, etc) que je voulais installer depuis longtemps dans mon jardin. Fleur plutôt fréquente ayant toutefois l’impudence de ne pas pousser spontanément sur mon petit bout de terrain (la rustre!).

Chouette surprise.
Voilà une journée qui commence bien!

mai au jardin

Printemps tardif cette année (10 à 15 jours de retard d’après mes relevés de floraisons), mais printemps quand même (d’autant plus appréciable qu’il succède à un hiver interminable).

plantations – rédaction d’une fiche

Avant chaque plantation (voir article du 8 avril) je note sur une feuille que j’emporte au jardin quelques infos me permettant d’installer au mieux ma plante (exposition, humidité, ph, rusticité, etc). Pour cela je m’aide de ma bible botanique: Flora Helvetica. J’y glane les données qui m’intéressent, les décrypte et les écris alors en clair sur ma fiche de plantation.

                        « Un exemple! Un exemple! »

Ok, ok, prenons un exemple.
Je dégaine mon pavé, page 492, Saxifrage à feuilles rondes:
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Voyons quelles informations utiles je peux y trouver.
Décryptage:

-Tout d’abord la taille : 20 à 50 cm > Donnée me permettant de choisir où planter ma saxifrage en fonction de la hauteur de ses futures voisines (les plus grandes en fond de massif et les plus basses au premier plan).

Passons la description botanique…

Ensuite:
en A) Les chiffres correspondent aux mois de Floraison. « 6-9 » = juin à septembre. Donc contrairement aux fleurs printanières qui flétrissent parfois l’été venu je pourrai profiter de ma saxifrage toute la belle saison : autant l’installer en bord de chemin (…) Suit une description sur le milieu où elle pousse « endroits humides et ombragés, mégaphorbiées » ce qui me donne déjà une idée quant au lieu d’implantation (une « mégaphorbiaie » étant une zone de transition temporelle entre le milieu humide et la forêt) (…) Puis des informations sur l’altitude et la répartition (en Suisse).

en B) Première ligne > origine. « Eur. centr. et mérid. » signifie, vous l’aurez deviné, Europe centrale et méridionale. J’ai donc affaire à une espèce assez répandue et autochtone.
Deuxième ligne > pleins d’infos cruciales en langage codé pour le suspense… Et aussi parce que ça prend moins de place.
Première lettre = « groupe écologique ». Ici « F » pour forestier. Puis une série de six chiffres, échelonnés  de 1 à 5 en fonction de l’intensité du facteur en question. Pour notre saxifrage:
Humidité :          4 – « plantes des sols humides ».
PH :                  3 – « plantes des sols peu acides (ph 4,5-7,5) ».
Richesse du sol : 4 – « plantes des sols riches en substances nutritives ».
Lumière :           2 – « plantes des endroits ombragés ».
Température :  2 – « plantes des montagnes et des régions boréales, typique de l’étage subalpin ».
Continentalité :   2 « plantes des régions à climat subatlantique, ne supportant ni gel tardif ni grands écarts de température ».
Et une dernière lettre pour connaitre le « type biologique » (vivace, annuelle, ligneuse, etc).

en C) Carte de répartition sur le territoire suisse. Vu que mon jardin se situe en Haute-Savoie au bord du Léman (petit point rouge) je peux en déduire qu’elle est largement présente dans mon secteur.

Enfin en D) Ma petite fiche avec les infos qui m’intéressent.

Grâce aux données trouvées dans ma bible, décryptées et consignées en langage clair, j’ai pu installer au mieux ma saxifrage à feuilles rondes: Je l’ai donc plantée dans la zone humide (enfin disons la plus humide du jardin), en terre riche, à mi-ombre (au nord de la maison) et le long du chemin pour pouvoir profiter de sa discrète mais magnifique floraison…

J’ai découvert cette plante en 2010 en me promenant au lac des Plagnes (voir ici) et suis tombé en admiration devant cette fleur aux motifs d’une élégance incroyable (photo) . Et bien la voila dans mon jardin.
Décidément, après l’amélanchier c’est la semaine du collector!

amélanchier

Enfin je l’ai trouvé mon ovalis!
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En fait c’est pas très difficile de se procurer de l’Amélanchier, pour peu qu’on ne soit pas très regardant sur l’origine. Vous trouverez facilement les variétés nord-américaines comme l’Amélanchier du Canada, mais pour ce qui est de l’unique espèce européenne, l’Amélanchier ovalis, c’est une autre affaire!*
Mon micro-jardin botanique, plutôt pauvre en ligneux (arbres & arbustes. Question de place), s’enrichit donc d’une nouvelle espèce collector.
Triple lutz de joie devant le facteur perplexe (pour ne pas dire effrayé)…

Il est un peu chétif je vous l’accorde (l’arbuste pas le facteur), mais à terme il sera magnifique (voir ici). Par ailleurs, cerise amélanche sur le gâteau, ses fruits sont comestibles.
Mes tartines trépignent d’impatience.

* Le problème ne se limite d’ailleurs pas qu’à cet arbuste: Pépinières et jardineries sont saturées d’espèces « importées » alors que pour le même genre de plante il existe souvent des espèces autochtones qui elles sont introuvables. Remarquez, quand il s’agit de « jardinage » on est pas à une absurdité près.

premières plantations

De nombreuses plantes du jardin ont été prélevées en nature: s’il m’arrive parfois d’en transplanter (uniquement des espèces très communes je vous rassure), habituellement je procède en semant les graines récoltées. Démarche passionnante mais au succès relatif et qui demande du temps avant de pouvoir admirer la plante adulte. Alors parfois, pris de spasmes, je craque et fais un saut en jardinerie pour satisfaire mes pulsions botaniques.
Je me pointe avec ma flore de 1630 pages afin de 1) tenir éloignés les vendeurs (effrayés par mon ostensible pavé), et surtout 2) me permettre de voir si j’ai affaire à des espèces indigènes (enfin, en tout cas dans un généreux rayon de 1000 km. Vu l’offre en jardinerie je m’en contenterai). En privilégiant le local je me retrouve avec des plantes adaptées au climat et au sol, et j’évite de contribuer au saccage des écosystèmes dû aux espèces invasives échappées des jardins (Buddleia, Renouée du Japon, Solidages nord-Américains, etc. toujours en vente libre, et même parfois plantés par les services municipaux! Donc phénomène pas près de s’arrêter).

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Me voilà de retour avec une petite dizaine de nouvelles pensionnaires.

Avant toute chose je dégaine à nouveau ma Flora Helvetica histoire d’en savoir plus sur les plantes à installer. Je rédige alors une petite fiche de plantation avec toutes les informations essentielles comme: l’exposition, les besoins en eau, la rusticité, la richesse du sol, etc. Connaissant par coeur le moindre cm² de ce jardin (y compris les variations d’humidité et de composition de la terre) je n’ai plus qu’à dénicher l’emplacement idéal pour chaque plante. Je recrée alors différents écosystèmes (versions « de poche ») dans différents lieux du jardin: rocaille sèche, zone humide, sous bois, etc.
Bon c’est pas parfait mais je sens que ça fonctionne plutôt bien.
L’observation des associations de plantes en nature (« phytosociologie »)  m’est aussi d’une aide précieuse. Prenons un exemple: j’ai constaté que la reine des prés(photo) était très souvent accompagnée de la Valériane(photo), alors pourquoi les séparer au jardin? Le bon sens (à défaut d’avoir le bagage scientifique nécessaire) me dit que des millions d’années de co-évolution ne sont certainement pas sans influence quant au bon développement des plantes ainsi associées.
Et puis, un peu d’éco-politesse, ne brisons pas de si vieilles amitiés…

Quelques images des nouvelles arrivantes:

Sedum acre  Orpin doux  Polypode commun  Polystic a aiguillons  Absinthe  Origan  Lin

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